DÉLIRE DES PERSÉCUTIONS. — IMBÉCILLITÉ. — IDIOTIE. — DÉMENCE
et qui ne lui faisait éprouver qu'un regret, celui de n'avoir pas réussi à se détruire. Cependant «le pareilles situations ne se produisent pas sans qu'à une époque déterminée le phénomène de la réaction se manifeste souvent de la manière la plus intense. Un jeune aliéné de notre asile, en proie à l'exaltation religieuse, s'était trempé le bras clans une chaudière d'eau bouillante ; il ne cessa, pendant le paroxysme de son délire, de chanter les louanges de Dieu, et il était insensible à la douleur. Mais, lorsque la peau, tombée en lambeaux, eut laissé les chairs à nu et qu'une énorme suppuration se fut établie, la souffrance se manifesta avec une explosion de symptômes du système nerveux si alarmants, que toute trace de délire disparut, et que le malade n'était préoccupé que de l'idée de subir l'amputation du bras. Je pourrais citer des multitudes d'exemples où les malades se mutilèrent de la façon la plus cruelle, mais les faits que j'ai produits suffisent pour constater le phénomène de l'insensibilité chez
I cette catégorie d'aliénés (1), ainsi que la loi d'alternance des phénomènes de la sensibilité chez ces malades. Si M. le docteur Guislain a établi qu'il est peu de folies pendant l'incubation desquelles on n'ait remarqué :
' 1" une exaltation morbide de la sensibilité, 2° une augmentation d'activité organique, 3" un retour intermittent et périodique des phénomènes morbides, je puis ajouter que parmi ces phénomènes, l'hypereslhésie et l'anesthésie sont ceux dont l'alternance se présente de la manière la plus régulière.
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De l'insensibilité chez les imbéciles, les itliots et les déments. —
La privation ou le faible développement des sens, ainsi que je le disais
(I) Dans ce mémoire, je citais le fait d'un mélancolique à prédominance d'idées religieuses exaltées, jouissant de tous les avantages de la fortune, et qui, dans une ville voisine de la nôtre, avait convolé à de secondes noces. Personne ne soupçonnait son étal mental, et, à plus forte raison, ne pouvait-on prévoir, au milieu des apprêts de la noce, la funeste résolution qui travaillait son esprit. Il avait depuis quelques instants quitte la réunion de ses parents et amis, lorsqu'une absence prolongée finit par jeter l'inquiétude dans sa famille. On se met à sa recherche, et l'on pénètre dans la chambre nuptiale, où un affreux spectacle s'offrit aux regards de tous. Sur un vaste brasier, activé dans un but de destruction, gisait un cadavre à demi consumé, L'examen médico-légal attestait lue ce malheureux insensé, après s'être couché sur le feu, avait conservé toute sa présence d'esprit pour se retourner et rendre sa combustion plus complète. Je ne connais 'l'autre exemple aussi atroce, sous le rapport de l'analogie, que celui de Mathieu Lovât, |e cordonnier de Venise, qui, dominé par ses idées mystiques, se coupa les parties géni- ! aies et les jeta par la croisée; il avait préparé d'avance tout ce qu'il fallait pour panser ■a plaie, et n'éprouva aucun accident fâcheux. Quelque temps après, il se persuada que vie® lui ordonnait de mourir sur la croix. Il réfléchit pendant deux ans sur les moyens ^'exécuter son projet, et l'accomplit de la manière la plus épouvantable et avec les dé- I ails que l'on peut lire dans Esquirol, Marc et la plupart des auteurs aliénisles.