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EXEMPLES D'INSENSIBILITÉ CHEZ DES IMBÉCILES, IDIOTS, ETC

dans mes Etudes cliniques, apporte un grand obstacle à la perception des phénomènes sensoriaux. Certains imbéciles et idiots voient et ne regardent pas ; ils entendent, mais ils n'écoutent point. En général, leurs sens sont obtus, et leur intelligence, absente ou incomplète, ne peut ni rectitier l'action de leurs organes, ni la perfectionner.

Comment s'étonner si la plupart de ces malheureux n'ont pas la conscience des dangers, qui les entourent et ne savent pas manifester leurs douleurs? Sous ce dernier rapport, leur sensibilité physique nous pré- 1 sente de remarquables circonstances et dépasse tout ce que l'on pourrait croire. Il en est, dit Esquirol, qui se lacèrent la figure, s'arrachent les cheveux et les cils ; on en a vu se percer la joue, et, avec un doigt placé dans l'ouvei'ture, finir par la déchirer jusqu'à la commissure des lèvres, sans paraître souffrir (1).

Des idiotes devenues enceintes, et ne se doutant pas de ce qui leur

(1) Ces anomalies de la sensibilité se remarquent surtout dans les derniers degrés de cet état de dégénérescence désigné sous les noms d'imbécillité et d'idiotie. Il s'en faut que tous les imbéciles et les idiots soient insensibles à la douleur ; il en est qui, semblables en cela aux enfants, s'effrayent facilement et redoutent excessivement la souffrance physique ; ils réagissent parfois avec beaucoup d'énergie contre les impressions douloureuses. Ktpuis, dans les exemples d'insensibilité que l'on cite, il faut faire la part de tel ou tel phénomène intercurrent d'excitation ou de dépression qu'on peut rencontrer chez ces individus, si bas placés qu'ils soient dans l'échelle des êtres intelligents.

Un imbécile, dans son état ordinaire, craignait fort la douleur; mais, dans ses périodes d'agitation, il se lacérait la figure, et l'applicalion de la camisole n'empêcha pas qu'il se dévorât la lèvre inférieure au moyen des deux incisives qui lui restaient.

Une femme imbécile, dans une lutte avec une de ses compagnes, se casse la jambe; un fragment du tibia fait saillie au dehors après avoir déchiré la peau. Elle n'en court pas moins^après la femme, objet de sa colère, et vient ensuite s'asseoir à table pour manger, sans que sa figure révèle la moindre sensation de souffrance.

Une idiote à laquelle j'avais fait une opération grave et douloureuse, jouait avec les ^ instruments laissés sur son lit, et ne témoignait pas la moindre douleur pendant qu'on lui injectait un liquide irritant dans une vaste cavité articulaire en suppuration ; elle a. du reste, parfaitement guéri, et nous n'avons eu à signaler aucune réaction inflammatoire. J'ai souvent eu l'occasion de citer la facilité avec laquelle les plaies se cicatrisent chez les imbéciles et chez les épileptiques.

J'ai dû faire, un jour, l'amputation d'un membre inférieur à un dément qui, ayant eu le pied engagé sous un énorme moellon, avait non-seulement subi un écrasement, mais s'était encore presque arraché ce membre dans les efforts infructueux qu'il fit pour k dégager. Cet aliéné assista tranquillement aux apprêts de l'amputation ; il ne fut pas nécessaire de l'éthériser ; il n'accusa pas la moindre douleur, pas plus pendant l'opération que pendant l'accident qui l'avait précédée, et il guérit parfaitement, sans qu i nous fût, pour ainsi dire, possible d'apprécier la réaction fébrile. Mais, encore une fois ces exemples doivent être appliqués à certaines catégories d'aliénés, et l'on aurait tort dt les généraliser.

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