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INTERPRÉTATIONS ERRONÉES DE CES MALADES

ajoute Cabanis, peut intervertir entièrement l'ordre des sentiments et des idées, il peut donc occasionner la folie, qui n'est autre chose que le désordre ou le dé faut d'accord des impressions ordinaires ; c'est en effet ce qu'on voit arriver fréquemment. Mais on observe aussi des délires qui tiennent aux altérations survenues dans la sensibilité de plusieurs autres parties internes. Il en est qui sont aigus ou passagers ; il en est qui sont chroniques, dans lesquels les extrémités sentantes extérieures des nerfs qui composent ce qu'on appelle les sens ne se trouvent point du tout affectées, ou ne le sont du moins que secondairement, et ces délires se guérissent par les changements directs opérés dans l'état des parties internes malades.... Les organes de la génération, par exemple, sont très souvent le siège véritable de la folie. Leur sensibilité vive est susceptible des plus grands désordres; l'étendue de leur influence sur tout le système fait que ces désordres deviennent presque tous généraux et sont principalement ressentis parle centre cérébral.... La folie se guérit alors par tout moyen capable, de remettre dans son état naturel ou de ramener à l'ordre primitif la sensibilité de ces organes. » (Cabanis, Histoire physiologique des sensations, T mémoire.)

Les réflexions de l'auteur des Rapports du physique et du moral de l'homme, concernant la sensibilité extrême dont les organes delà génération peuvent devenir le siège et les manifestations délirantes qui en sont la conséquence, ces réflexions , dis-je, s'appliquent également aux troubles de la sensibilité provenant des conditions maladives de certains organes internes. L'influence exercée dans ce cas sur la nature des idées et des actes est évidente, elle est pour ainsi dire palpable ; elle se déduit naturellement des faits d'observation , et l'esprit est forcé de l'accepter comme un axiome psychico-physiologique irréfragable. Aussi Cabanis a-t-il dit avec beaucoup de justesse, que les déterminations morales ne dépendent pas uniquement de ce qu'on nomme les sensations, c'est-à-dire des impressions distinctes reçues par les organes des sens proprement dits, mais que les impressions résultant des fonctions de plusieurs organes internes y contribuent plus ou moins, et, dans certains cas, paraissent les produire uniquement. Quelques exemples suffiront pour prouver à quel point les impressions produites dans certains organes déterminent dans le cerveau des aliénés des idées spéciales , maladives , en rapport avec ces impressions.

De toutes les maladies nerveuses, l'hypochondrie est incontestablement celle qui peut nous offrir les exemples les plus frappants de certaines idées délirantes en rapport avec des impressions internes douloureuses, j'en ai déjà cité des exemples. Les hypochondriaques, dit Esquirol , ont des illu-

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sions qui naissent des sens internes; ils se trompent généralement sur l'intensité de leurs souffrances, sur le danger de perdre la vie, ils portent des jugements faux sur leurs sensations internes et externes.

Les perturbations dans les fonctions digestives sont les facteurs les plus puissants des impressions ressenties et des idées délirantes qui en sont la conséquence. Quelques-uns de ces malades accusent tantôt un feu intérieur qui les dévore, et tantôt un froid glacial qui paralyse l'action intestinale. Ils sont, comme on le sait, sujets aux borborygmes et aux flatuosités; et tous ces pli éno mènes que l'homme jouissant de sa raison ramène facilement à leur interprétation véritable, deviennent pour les hypochondriaques le point de départ des illusions les plus étranges.

Ils ont dans les intestins des animaux immondes qui les rongent; quelques-uns même prétendent n'avoir plus ni estomac, ni intestins; il leur semble que tout ce qu'ils mangent tombent dans un gouffre sans fin. Une de nos malades prétend avoir un estomac de carton, un larynx artificiel ; elle ne doit plus ni manger, ni parler. Son corps n'existe plus ; c'est un composé de tronçons informes qui n'ont entre eux aucune cohésion. Aussi les vêtements ne tiennent pas à la personne de cette malade, et elle éprouve constamment une sensation des plus pénibles pour une femme pudique; elle croit qu'elle va être exposée nue aux regards du public.

Les anciens avaient déjà cité, chez ces sortes de malades, des perversions extraordinaires de la sensibilité. Il en est qui sont si légers qu'ils craignent d'être emportés par le moindre vent, tandis que d'autres ne sauraient se mouvoir dans les conditions que leur font les lois de la pesanteur. On en a vu qui croyaient avoir le nez d'une grandeur excessive el qui le sentaient grossir d'une manière distincte. Qui ne connaît les histoires de plusieurs d'entre eux qui prétendaient avoir des jambes de verre ou de paille, ou n'avoir point de tète, qui se sentaient tour à tour étendre et rapetisser, pour ainsi dire, à l'infini, ou qui soutenaient que leur corps renfermait d'immenses amas d'eau capables d'inonder tout un pays, s'ils se permettaient d'uriner? Quelques-uns recevaient l'impression de certaines odeurs extraordinaires; d'autres entendaient des bruits incoinmodes ou des sons agréables, et l'on voit déjà dans ce fait la transition à l'ordre des phénomènes désignés sous le nom d'hallucinations.

Les affections spasmodiques siégeant dans divers organes ne sont pas rares chezles aliénés, a ce qu'enseigne M. le docteur Falret, et j'en ai relaté des exemples tirés des Leçons cliniques de cet énhnent praticien.

A des visions si ridicules et sur lesquelles certains aliénés ne forment pas plus de doutes que sur les vérités les plus constantes, ils joignent souvent un sens droit el des opinions justes sur différents autres objets;

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