‹ Traité des maladies mentaleChapitre 201 sur 500 · HYPERESTHÉSIE, ANESTHÉS1E DES ORGANES INTERNES · texte numérisé non relu

HYPERESTHÉSIE, ANESTHÉS1E DES ORGANES INTERNES

plus de six mois. Il prenait beaucoup de tabac pour la dissiper, mais c'était inutilement; les deux odeurs, ou leurs impressions, se confondaient d'une manière insupportable, et il les rapportait également l'une et l'autre à l'organe même de l'odorat.

Je pourrais citer une infinité d'exemples de ce genre , mais notre conviction doit être suffisamment édifiée par ceux que j'ai relatés. Il reste bien avéré pour nous qu'une foule d'idées délirantes et d'actes de même nature peuvent naître pour ainsi dire spontanément chez les aliénés, sous l'influence des sensations internes qui nous occupent. Il n'est pas à dire cependant qu'en dehors des malades considérés comme aliénés, on ne puisse compter dans le monde un très grand nombre de personnes qui, interprétant dans un sens favorable à leurs préoccupations hypochondriaques certaines sensations internes douloureuses, établissent elles-mêmes le diagnostic plus ou moins erroné de leurs maladies imaginaires.

Généralement, ainsi que le fait judicieusement observer M. le docteur Falret, les hypochondriaques qui sont les victimes des illusions d'origine organique ne passent pas pour délirer, la plupart des sensations douloureuses qu'ils ressentent pouvant exister réellement. Mais lorsqu'ils donnent une interprétation erronée à ces sensations, et que l'intelligence devient complice de l'illusion, personne alors ne se méprend sur l'existence de la folie. Dans tous les cas, c'est aux médecins seuls qu'il appartient de se prononcer sur l'issue de la maladie, tant le pronostic a de gravité dans des occasions semblables.

Quelques courtes considérations sur l'hyperesthésie et l'anesthésie des organes internes compléteront ce que j'ai à dire dans ce paragraphe. Ces considérations seront de nature à rectifier certaines erreurs sur la prétendue innocuité que possèdent les aliénés au point de vue de l'ingestion de substances qui ne léseraient en quoi que ce soit les fonctions de l'assimilation et de la nutrition. On lit en effet dans les auteurs des observations qui établissent que des malades ont pu avaler impunément les aliments les plus indigestes, et parfois même des substances délétères; on en a vu s'introduire des corps étrangers dans l'estomac, dans la vessie, sans que la sensibilité générale ait réagi par le phénomène de la douleur. Ceci demande explication. Il est incontestable que, sous l'influence d'un état névropathique général, l'action de certains médicaments se trouve comme neutralisée. Ce fait a été observé en dehors de l'aliénation mentale, et tous les praticiens savent que, dans le tétanos, par exemple, les malades peuvent supporter des doses extraordinaires d'opium sans crainte d'être empoisonnés. La thérapeutique spéciale des aliénés suscite, sous ce rapport, des indications que j'aurai soin de signaler.

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