DÉMARCATION DE L 'ILLUSION ET DE L'HALLUCINATION (ESQUIROL
font porter des jugements faux sur leurs sensations internes et externes; la raison ne rectifie pas l'erreur. J'ai déjà décrit les illusions de ce genre, si fréquentes chez les hypochondriaques et chez les individus névropathisés, sous le nom d'illusions internes. Aux exemples que j'ai cités, j'ajouterai les sensations ressenties par quelques malades érotiques et qui éprouvent les phénomènes de l'union des sexes. Les annales de la sorcellerie et de la démonologie abondent en exemples de ce genre. « Les aliénés de cette catégorie, dit Esquirol, se croient dans les bras d'un amant ou d'un ravisseur ; elles accusent des personnes innocentes de commettre envers elles des attentats à la pudeur. » J'ai vu une accusation de ce genre tellement bien formulée par une jeune hystérique, que des poursuites judiciaires intentées contre l'homme qu'elle incriminait n'ont été regardées comme des faits imaginaires, et conséquemment mises à néant, que du moment où cette malade se prit à affirmer que son prétendu ravisseur entrait chez elle par le trou de la serrure. Une femme démonomaniaque hystérique croyait, dit Esquirol, que le diable, des serpents, des animaux s'introduisaient dans son corps par les organes extérieurs de la reproduction. Les cancers, les ulcères de l'utérus, ajoute cet auteur, ne sont pas rares chez ces malades. Les aliénés hystériques sont disposées à attribuer, et attribuent quelquefois à des ennemis, à des jaloux, au diable, les douleurs, les constrictions de la gorge qui les suffoquent.
Mais, pour en revenir aux illusions et aux hallucinations proprement dites des aliénés, ainsi qu'à la délimitation qui, dans la pensée d'Esquirol, * doit exister entre l'illusion et l'hallucination , je dois, avant de passer outre, poser une question, et demander s'il est toujours facile de distinguer l'illusion de l'hallucination.
La distinction qu'Esquirol établit entre l'hallucination et l'illusion est saisissante. Elle a surtout le mérite de fixer les idées sur un double phénomène que l'on confondait souvent, et qui n'avait pas même de désignation précise, puisqu'on ne le connaissait que sous le nom devision. Désormais, en adoptant la distinction d'Esquirol, il est impossible de se tromper.
« L'halluciné a la sensation intime d'une sensation actuellement perçue, alors que nul objet extérieur propre à exciter cette sensation n'est à la portée de ses sens. Il voit des êtres imaginaires qui ne sont que le produit de ses frayeurs ou de ses souvenirs; il entend des voix qui ne sont que l'écho de sa pensée. Ce symptôme, dit Esquirol, est un phénomène intellectuel, cérébral; les sens ne sont pour rien dans sa production . Chez les malades illusionnés, au contraire, les sens sont actifs, les impressions actuelles sollicitent la réaction du cerveau. Les elfets de cette réaction sont, il est vrai, soumis à l'influence des idées et des pas-