‹ Traité des maladies mentaleChapitre 208 sur 500 · OBSERVATION Ï)'UN HALLUCINÉ RACONTÉE PAR LUI-MÊME · texte numérisé non relu

OBSERVATION Ï)'UN HALLUCINÉ RACONTÉE PAR LUI-MÊME

» je m'imagine que toutes les personnes que je rencontre cherchent à » m'être nuisibles, qu'elles inventent tous les moyens pour me vexer et » me persécuter. Je lis sur leur visage, dans les mouvements de leurs lèvres, » dons leurs gestes, l'expression d'une haine, d'un mépris dont je ne puis » me rendre compte. . Je tremble, je frissonne d'effroi à la vue de tout » ce qui m'environne ; je ne puis rester en place. Je vais visiter mes amis, » ils sont devenus mes ennemis. Leurs prévenances se changent en injures. » J'ai tellement gravée dans mon âme l'idée qu'on me persécute, que mon » esprit est incapable de prendre le dessus et de chasser loin de moi ces » absurdités. Quelquefois je pense que l'esprit bon et, l'esprit mauvais se » disputent la possession démon être. J'entends que l'on m'adresse idéa- » lement maints reproches, que j'ai commis telle ou telle faute; qu'il faut » que je fasse pénitence pour les expier ; que déjà j'ai fait un pas vers ma » perdition, et que c'est là le seul motif qui engage mes amis à me ve- » pousser. On ne cesse de répéter ces mots : « Veille sur toi, si tu -ne veux » périr éternellement. » Je passai donc une journée à Verdun dans ces )> perplexités; le moment du départ pour Paris arrive. On me place dans » l'intérieur avec un chirurgien-major, sa femme, une demoiselle et un » jeune homme. Il était nuit ; je ne puis m'entretenir avec eux, mais il » me semble que je suis le sujet de leurs conversations à voix basse; >i j'interprète contre moi leurs chuchotements, leur manière de tousser, » leurs moindres mouvements. Toute la nuit, il me semble qu'on me dit » qu'il nie restera peu de temps à vivre, que l'on m'assassinera pendant la » route, et que si je parviens à échapper à la mort avant d'arriver à » Paris, il me faudra, quoi qu'il en soit, succomber quand je serai au » terme de mon voyage : qu'il est inutile que je me présente au concours » de l'agrégation, que l'Université me refusera, parce que mes idées sorti » erronées et tiennent du jésuitisme, etc. »

Arrivé à Paris sous le poids de toutes ces préoccupations, notre candidat échoue. En sortant du concours, la tête exaltée, l'esprit livré à d'innombrables impressions douloureuses, il parcourt en tous sens la capitale sans avoir pour ainsi dire conscience de ses actes. Il parle et gesticule seul; il retourne à son hôtel, en proie au délire; il s'enferme cl se barricade dans sa chambre ; il prête toute la nuit l'oreille aux pas de ses assassins, il se dispose à vendre chèrement sa vie. On lui parle non-seulement idéalement, mais distinctement...

Nous en sommes enfin arrivés à cette situation où, chez l'aliéné, les interprétations maladives ont fait place au i. illusions et aux hallucinations. Les illusions, elles existent chez ce malade, elles sont fiagrantes.il entend marcher, et ce sont les pas de ses ennemis; on parle dans la rue, et ce sont

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