ENCHAÎNEMENT DES PHÉNOMÈNES. — DIFFICULTÉ DE LES SÉPARER
ries pafoles menaçantes ou injurieuses adressées à sa personne. Un instant encore, et l'exaltation delà pensée délirante arrivera bientôt à un point qu'il entendra des 'paroles alors qu'aucune voix humaine ne les aura prononcées, qu'il verra des êtres animés alors qu'aucune créature vivante ne fournira la matière de ces apparitions purement fantastiques. Désormais ces deux phénomènes, X illusion et Y hallucination, vont marcher de front et subir nécessairement la même interprétation. Comment, en effet, séparer ce qui devient inséparable dans la génération des phénomènes pathologiques ? Le point- de départ de l'illusion a beau exister dans la lésion des extrémités sentantes ou dans telle sensation interne ou externe, le phénomène, ainsi que le dit très bien M. Falret, ne peut se séparer de l'illusion de l'intelligence. Esquirol lui-même semble avoir prévu toutes les objections qui peuvent être faites à la théorie de la séparation absolue de l'illusion et de l'hallucination, puisqu'il dit positivement que l' intelligence et les passions concourent avec les sens à la perpétration'des illusions des aliénés (Ouvr. cit., t. I, p. 205).
Mais l'observation que j'ai commencée m'impose de poursuivre les évolutions et transformations diverses qui nous occupent. Ce récit aura un autre avantage, celui de nous apprendre la marche et le développement de la plupart des affections mentales chez cette classe si nombreuse d'aliénés qui reconnaissent la névrose hypochondriaque comme cause de toutes leurs sensations pénibles, et qui appartiennent à cette variété maladive où prédomine le délitée des persécutions avec ses transformations ultérieures. C'est le malade qui va continuer à rendre compte de ses sensations. Elles se divisent en deux périodes : la première comprend le temps qu'il a passé dans sa famille avant d'être amené à l'asile, et la seconde, celui où il a été soumis à ma direction.
Dans la première période, nous remarquerons des illusions et des hallucinations différentes, selon l'état aigu ou chronique de la maladie, et nous pouvons ajouter, selon Vactivité des facultés perceptives chez cet aliéné; en d'autres termes, selon que la mémoire et l'imagination venaient ajouter à l'intensité du phénomène hallucinatoire.
Dans l'état aigu, nous verrons se continuer les interprétations maladives, les illusions d'une nature terrifiante et les hallucinations en rapport avec la prédominance du délire. « A l'époque qui suivit mon retour » de Paris, dit notre malade, mon esprit, toujours sous le poids de la » plus grande agitation, se trouvait ballotté par l'effervescence de mes » idées. Je ne vois plus dans mes parents, dans mes proches, des gens » dévoués, mais des individus hostiles qui ne rêvent plus cpi'aux moyens » les plus terribles pour me faire souffrir et me déshonorer. Le bonheur