OBSERVATION D'UN HALLUCINÉ RACONTÉE PAR LUI-MÊME
i) a fui loin die moi, et, sous le poids de ma douloureuse maladie, je pense » que deux êtres différents se disputent la possession de mon âme. L'un « me fait idéalement un crime des plus petites fautes que j'ai pu com- » mettre dans ma jeunesse, l'autre semble me soutenir et me consoler; » d'une part, je n'entends que des reproches, et de l'autre que des encou- » ragements... Maître de presque tous mes mouvements corporels, je ne » le suis pas de mon intelligence ni de ma raison. J'adresse mille injures, » mille opprobres à ceux qui ne cessent de chercher à me calmer et à » adoucir la pénible situation dans laquelle je me trouve. »
Arrive maintenant la période de transformation où les hypochondriaques que poursuit le délire des persécutions subissent l'influence d'impressions différentes et de sensations d'une autre nature, où ils se croient appelés à des destinées nouvelles, où la réaction, assez facile du reste à concevoir chez les individus qui ont énormément souffert au point de vue moral, ouvre le champ aux espérances immenses, aux projets extraordinaires et chimériques, et détermine des illusions et des hallucinations en rapport avec la nature de nouvelles idées délirantes et l'exaltation des sentiments affectifs.
« Chose étrange ! (continue cet intéressant malade , aux expressions » duquel je tiens à ne rien changer) chose étrange ! je crois reconnaître » en moi des forces physiques et intellectuelles supérieures ci celles que j'y » avais reconnues précédemment. Ma raison délabrée joue sans jugement » sur les moindres objets que lui sert mon imagination devenue folle. // » me semble que je suis en relation avec des êtres surnaturels. J'entends » des voix qui me disent que Dieu veut me choisir pour régénérer l'hu- » inanité tombée dans la dernière des dégradations, et que je deviendrai » un des plus forts appuis du pouvoir régnant.
» Quelquefois je suis comme absorbé par des entretiens imaginaires » que je crois réels et qui se présentent à mon âme, et qui l'inspirent... Le » monde entier doit être régénéré, le vice s'avoue déjà vaincu et cède la » victoire la plus glorieuse à la vertu. L'histoire de notre France sera à » jamais mémorable. L'âge d'or va renaître. Tous les hommes fraternise- » Pont d'une véritable fraternité, et j'aurai contribué pour ma part à une » œuvre aussi belle.
» Les moindres objets sont suffisants pour changer la nature de mes » idées. Les prés, les champs, les villages, les troupeaux, les plantes, la » matière inerte même qui frappe mes sens, fournissent à mon intelli- » gence une foule de remarques d'où je tire des pronostications. Le nom » de tel autre village ou ville m'annonce le bonheur ou la jouissance que » j'éprouverai lorsque j'aurai terminé la grande œuvre à laquelle je suis