‹ Traité des maladies mentaleChapitre 216 sur 500 · HALLUCINATIONS DE LA VUE. — OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

HALLUCINATIONS DE LA VUE. — OBSERVATIONS

mentaires (1), nous pouvons citer les apparitions do gerbes de feu, de corps lumineux, brillants, qui font croire à quelques hallucinés qu'ils entrevoient la majesté divine, la demeure resplendissante des bienheureux, ou le séjour des flammes éternelles, selon la nature des idées qui les dominent, ou selon les dispositions de leur esprit ou les tendances antérieures de leur intelligence. D'autres fois, ce sont des fantômes, des spectres hideux, des animaux immondes qui effrayent leurs regards. La persistance et l'uniformité de certaines hallucinations de la vue, dans quelques situations maladives, est chose remarquable, ainsi que je l'ai déjà fait observer à propos des phénomènes produits par diverses intoxications. Mais, en dehors de cette cause, on a observé le même fait dans divers états pathologiques, sans préméditation de l'intelligence, si je puis m'exprimev ainsi. J'ai vu, dans la période de convalescence de la fièvre typhoïde, se produire des hallucinations avec la plus grande spontanéité. Une jeune femme que j'ai soignée pour une maladie avec tendance au suicide, a vu, à la fin de sa fièvre typhoïde, un spectre couvert d'un voile blanc, se dessiner sur le mur de sa chambre. Ce spectre n'a paru qu'une fois et n'a pas parlé; mais l'effet a été profond, presque irréparable, et c'est à dater de ce moment que des idées de désespoir s'emparèrent de la jeune malade. Une de nos paralysées générales, arrivée à une période de rémission qui la fit considérer comme guérie par sa famille, m'affirmait que, dans la phase initiale de son mal, elle voyait constamment dans le fond de son jardin un homme "sans tète. Elle se dirigeait hardiment vers l'endroit de l'apparition, et le fantôme s'évanouissait. Elle ne disait rien de cela à sa famille, craignant qu'on ne la fit passer pour folle. Cette femme ajoutait avec beaucoup de bon sens et de logique, que le premier essai qu'elle ferait de ses forces intellectuelles en rentrant chez elle, consisterait à se placer dans le même milieu où l'apparition se montrait jadis à ses regards. L'absence ou la présence du fantôme devaient, disait-elle, faire juger si la guérison était solide.

Rien de si complexe que les hallucinations de la vue, quoique réduites à la sphère d'un seul sens. Elles forment alors tableau, selon l'expression très heureuse de M. Falret. « Plusieurs personnes, plusieurs objets sont groupés et réunis selon l'ordre logique. Les éléments du tableau, ajoute M. le docteur Falret, semblent s'attirer, selon le caractère particulier de

(1) 11 ne faut pas prendre ici le mot élémentaire comme devant se rapporter à l'affection nerveuse de l'halluciné, et devenir la base d'un pronostic. Des aliénés à forme maladive très complexe peuvent n'avoir que des hallucinations élémentaires , et réciproquement. Je ne veux faire allusion ici qu'aux éléments plus ou moins complexes qui consti tuent le phénomène hallucinatoire, et aller ainsi du simple au composé,

Page 1