INTERVENTION DES NERFS SENSORIELS
aussi des hallucinations qui ont leur siège dans le sens externe lui-même, ainsi que dans l'appareil de transmission. « On ne peut avoir de doute à cet égard, dit M. le docteur Bûchez : ainsi les phosphènes, ainsi ces traits lumineux , ces images mêmes de figure humaine , ces réseaux, colorés qu'on voit au moment où l'on ferme les yeux pour s'endormir... tous ces phénomènes ont leur siège dans la rétine. »
L'erreur d'Esquirol a été de croire que les sens ne sont pour rien dans la production de l'hallucination ; que ce phénomène a lieu quoique les sens ne fonctionnent pas, et même quoiqu'ils n'existent plus, ce qui revient à dire que les lobes cérébraux président exclusivement à sa manifestation. «A l'appui de cette opinion, dit M. le docteur Michéa, on a invoqué, et les douleurs que les amputés ressentent dans les membres qu'ils ont perdus, et les hallucinations visuelles qui se manifestent chez les individus où il y a paralysie de la rétine, dégénérescence ou atrophie des nerfs optiques. Mais ces faits ont-ils bien la valeur qu'on leur attribue? Ne s'est-on pas mépris sur leur véritable compte? » En effet, M. de Castelnau a dit, avec beaucoup de justesse, que pour que les faits avancés par Esquirol et ses partisans présentassent un degré exclusif de certitude, il faudrait que la destruction du nerf optique fût constatée dans sa racine cérébrale même. Or, l'anatomie pathologique est loin d'être en mesure de démontrer que, dans les désorganisations des nerfs sensoriels, l'altération s'étende jusqu'à leur racine. « D'ailleurs, indépendamment de ces faits négatifs, dit M. le docteur Michéa, il y en a de positifs qui prouvent avec la plus grande évidence que l'hallucination peut avoir son point de départ dans les nerfs sensoriels.
» Et d'abord, sans parler du phosphène qu'on produit à volonté en comprimant le globe de l'œil, ne sait-on pas qu'en piquant la rétine, quoi qu'en ait dit Magendie, qui regardait cet organe comme insensible, on produit aussi des phpsphènes, ainsi que l'a démontré Ch. Bell? » Un chirurgien, Tortual, a constaté que la section du nerf optique, dans l'extirpation de l'oeil, fait apercevoir au patient de nombreuses gerbes de lumière. D'autres faits plus concluants peuvent être cités en faveur de l'intervention des sens dans la production du phénomène de l'hallucination. On sait qu'on peut avoir des hallucinations relatives à une moitié seulement d'un organe sensoriel, à un seul œil par exemple, à une seule oreille. Ces cas d'hallucinations que j'ai appelées dédoublées, ne sont pas rares. Ainsi, par exemple, Marc Donat parle d'une personne âgée de cinquante ans, qui, depuis une maladie grave, voyait sans cesse une araignée, des spectres et des tombeaux. Ces hallucinations avaient lieu seulement quand elle ouvrait l'œil gauche, le droit étant fermé, tandis que