INTERVENTION PRIMITIVE ET DIRECTE DE L'ENCÉPHALE
l'hallucination s'évanouissait dans l'épreuve opposée; et cependant cette personne n'avait rien d'anormal, ni dans les tuniques, ni dans les humeurs de l'œil.
Dans son livre sur l'épilepsie, Maisonneuve a cité l'observation d'un j eune épileptique dont les attaques étaient précédées d'hallucinations de la vue; il apercevait une roue dentelée, au centre de laquelle se trouvait une ligure horrible. « Or, dit Maisonneuve, l'œil gauche de ce malade était seul frappé de cette illusion. » Dans son intéressant ouvrage sur le haschisch, M. Moreau (de Tours) signale le cas d'un jeune aliéné ayant des hallucinations de la vue, et qui disait percevoir seulement de l'œil droit des visions imaginaires. M. Moreau rapporte encore le cas d'un halluciné de Bicêtre, qui entendait des voix fantastiques, tantôt de l'oreille droite, tantôt de l'oreille gauche, et jamais par toutes les deux à la fois.
Une dernière preuve pathologique que les sens peuvent intervenir comme élément provocateur dans le phénomène de l'hallucination, c'est que les hallucinations de la vue se lient dans certains cas à des maladies de l'œil. «Une petite fille, dit M. Guépin dans ses Etudes physiologiques sur l'œil et la vision, que j'ai saignée deux fois pour des ulcères graves de la cornée, a été prise deux fois d'hallucinations curieuses. Pendant toute la période de gravité de ses ulcères scrofuleux, elle voyait à côté d'elle, à gauche et toujours au même endroit, une image en plâtre de la Vierge. Nous avons vu nous-mème, dit le même auteur, chez un malade traité par un de nos confrères, une affection de l'iris, de la choroïde et de la rétine de l'œil opéré, qui avait déjà attaqué l'autre œil au moment ou nous fûmes appelé, et qui avait déterminé des hallucinations qui ont cessé avec les souffrances de l'œil qui n'avait pas subi d'opération. Ces hallucinations consistaient dans la vue incessante d'objets nuisibles, désagréables et dangereux, tels que précipices, bêtes extraordinaires, animaux féroces (1). »
Je pourrais citer bien d'autres exemples de l'intervention des sen.-> pathologiquement modifiés, dans la production du phénomène hallucinatoire. Ceux-ci suffisent pour justilier la dénomination (Y liai lue incitions sensorielles, et pour nous fournir des indications thérapeutiques précieuses dans le traitement des affections nerveuses.
Troisième ordre. — Intervention primitive et directe de l 'encéphale. H 'al lue incitions cérébrales idiopatldques. — Dans aucun des cas précités
(1) Mîchéa, Discussion sur les illusions cl les hallucinations, ù la Société médico- |)syc1ïôWgtqùe, séance du '28 janvier 1836 (Annales tnëdico-psychologiques, t. XX, 1>. 28S).
HALLUCINATIONS CÉRÉBRALES IDIOPATHIQUES. 371
nous n'avons voulu enlever à l'encéphale les attributions qui lui reviennent en tout état de cause. C'est dans le cerveau que se centralisent toutes les impressions, que s'élaborent, si je puis m'exprimer ainsi, le délire ainsi que tous les phénomènes pathologiques que nous étudions en ce moment. Mais, ainsi que j'ai eu occasion de le dire, si c'est dans le cerveau qu'est le siège de la folie, ce n'est pas toujours dans cet organe que se trouve l'origine de la cause. Pour ce qui regarde les hallucinations et les illusions si nombreuses des hypochondriaques par exemple, nous avons vu la part qu'il s'agit de faire au système nerveux de la vie ganglionnaire. La même réflexion s'applique aux différentes maladies ou altérations des appareils des sens qui apportent au cerveau des impressions auxquelles celui-ci, selon ses dispositions fonctionnelles, peut donner une consécration qui dans certains cas est déjà l'indice.d'un état de folie. Il est évident que dans cette situation l'intelligence, ne pouvant plus rectifier le phénomène, se laisse dominer par lui, et en fait le point de départ de ses appréciations délirantes.
Maintenant, dirons-nous, n'y aurait-il pas primitivement des sensations dans l'organe encéphalique qui centralise chaque appareil sensuel? En vérité, répond M. le docteur Bûchez qui se pose cette demande, je ne saurais comment répondre par la négative. Et puisque l'on admet qu'une impression sensuelle va du sens à l'appareil de transmission, de l'appareil de transmission à la moelle allongée, puis de celle-ci au cerveau, pourquoi n'admettrait-on pas qu'une idée, sensitive pût faire le trajet inverse, influer sur la moelle allongée, par celle-ci s'attaquer à l'appareil de transmission, et parce dernier au sens lui-même, c'est-à-dire prendre, en définitive, la vigueur et le siège d'une sensation extérieure?
A ce point de vue, l'observation des phénomènes pathologiques justilie la théorie. Nous savons que dans certains états de congestion cérébrale, que dans des affections idiopathiques du cerveau, il se produit des hallucinations en dehors de la lésion pathologique primitive des sens. N'oublions pas le rôle que nous avons fait jouer dans l'étiologie aux altérations du sang et aux troubles de la circulation sur la manifestation anormale du système nerveux et sur la production d'hallucinations spéciales (§ 2, page 157). Je rappellerai, à ce propos, l'opinion de M. le docteur Hou reau que je crois parfaitement fondée. Ce médecin admet, comme on sait, des hallucinations dont la cause consiste dans une augmentation des globules du sang au delà de la limite de l'état physiologique. Ce sont ces conditions qui constituent la pléthore et la congestion. L'abaissement du chiffre des globules du sang amené, comme on le sait, Yancmie, la chlorose, la chloro-anémie , les hémorrhagies passives, les palpitations, les