ALIÉNATION DANS L'ANTIQUITÉ. — PYTHAGORE. — GALIEN
manière à la rendre plus forte que les remèdes administrés. Flic naît comme les autres maladies par hérédité. Si, en effet, d'un phlegmalique naît un phlegmatique, d'un bilieux un bilieux, d'un plithisique un phthisique, d'un individu à rate malade un individu à rate malade , où est l'obstacle que la maladie dont le père ou la mère sont affectés, n'affecte aussi un des enfants (1)? »
Pourrions-nous douter, encore une fois, que les anciens, soit qu'on étudie leur thérapeutique, au point de vue médical, soit qu'on l'apprécie au point de vue pédagogique, ne tenaient pas un compte rigoureux des influences héréditaires, lorsque antérieurement à Hippocrate déjà, un des disciples de Pythagore, Timon de Locres, prête à son maître le langage suivant : « Nos dispositions à la vertu et au vice, comme à la santé et à la maladie, viennent plutôt de nos parents et des principes dont nous sommes composés que de nous-mêmes (2). »
Ainsi, la manière dont les anciens comprenaient les causes de la folie et le rôle du cerveau dans la production des phénomènes délirants trouve son explication dans ces témoignages historiques ; mais ces preuves ne seraient pas complètes si nous ne fixions ici l'attention sur les idées de Gâlien. La théorie des affections cérébrales idiopathiques et sympathiques, en dehors de laquelle nous ne croyons pas qu'il soit possible d'établir une classification fructueuse des maladies mentales, est exposée dans Galien d'une façon si claire, que tout nous fait un devoir de la reproduire (3).
« 11 faut, dit Galien, distinguer les signes propres que les anciens appelaient primaires des signes sympathiques ou secondaires. Les affections intenses du cerveau déterminent fréquemment le vomissement. Sans doute, lorsque dans l'ivresse, la pensée se trouble, personne ne dira que le cerveau est sous le poids d'un travail primaire, bien qu'on ne puisse prouver qu'il n'est alors le siège d'aucune affection ; car pour que ses fonctions soient dérangées, il faut bien que l'appareil qui y préside le soit lui-même. Lorsque dans une pleurésie ou une pneumonie, il survient du délire, personne ne dira qu'il dépend d'un état morbide de la plèvre ou du poumon : tous les médecins s'accordent à dire qu'alors cette partie dans laquelle réside la faculté de penser est affectée par sympathie; tous, au contraire, reconnaissent que dans la léthargie et dans la frénésie, cet organe n'est pas pris par consensus, mais par affectation
(1) Hippocrate, De la maladie sacrée, ouvr. cité.
(2) Dacier, Doctrine des anciens philosophes.
(3) Nous empruntons textuellement à l'ouvrage de M. Trelat celte traduction des doctrines de Galien.