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PHÉNOMÈNES SENS0R1AUX DE L'ÉTAT DE H EVE

très court, et disparaissent avec la plus grande rapidité; elles ne font guère que passer devant les regards.

Les hallucinations du tact ne sont pas rares non plus dans cette dis-? position cérébrale, soit dans l'aliénation commençante, soit dans l'aliénation confirmée. Plusieurs de nos malades prétendent sentir sur le front ou sur d'autres parties du corps l'apposition de mains glacées ou décharnées comme celles d'un squelette. Une de nos aliénées, qui se plaint de porter sur son dos le cadavre d'une mortelle, ne peut se coucher sans éprouver la sensation désagréable d'un être inanimé couché à côté d'elle. C'est surtout au moment de s'endormir que l'hallucination se produit avec le plus de vi vacité. Une autre, parfaitement calme et lucide dans ses périodes de rémission, accuse avant ses rechutes le phénomène suivant : au moment de s'endormir, elle sent une oie blanche qui se pose sur son estomac et y dépose ses œufs.

Que des sensations aussi bizarres soient le résultat d'un état de souffrance et de malaise de l'organisme, les précurseurs d'une crise délirante spéciale, comme cela se voit chez la plupart des aliénés à type périodique, cela ne fait pas l'ombre du doute. D'ailleurs, les témoignages des hommes intelligents qui ont pu observer sur eux ce phénomène établissent mieux que nous ne pourrions le faire les rapports des hallucinations hypnagogiqucs et de toutes les hallucinations en général, avec leurs causes génératrices. Ils nous démontrent d'une manière péremptoire que le phénomène est d'une nature essentiellement pathologique.

« J'ai cherché, dit M. Maury, à découvrir quelles causes produisaient chez moi les hallucinations hypnagogiques, ou du moins en augmentaient la fréquence, l'intensité. Or, je crois avoir constaté qu'elles étaient plus nombreuses, et surtout plus vives, quand j'éprouvais, ce qui est fort ordinaire chez moi, une disposition à la congestion cérébrale. Dès que je souffre de céphalalgie, dès que je ressens des douleurs nerveuses dans les yeux, les oreilles, le nez; dès que j'éprouve des tiraillements dans le cerveau, les hallucinations m'assiègent, à peine la paupière close. C'est ce qui m'explique pourquoi je les éprouve surtout en diligence, après y avoir passé la nuit, car le défaut de sommeil, le sommeil imparfait produit constamment chez moi le mal de tête. Un de mes cousins, M. Custave L..., qui est sujet aux mêmes hallucinations, a eu occasion de faire, en ce qui le touche, la même remarque. Je viens de rappeler ce qui m'arriva un jour en voyageant. Cet afflux de sang au cerveau que je ressentais alors s'accorde parfaitement avec la cause qui produisait chez le libraire Nieolaï des hallucinations si analogues aux miennes et si bien décrites par lui. Ces images fantastiques disparurent à la suite de saignées.

HALLUCINATIONS HYPNAOOGIQUES. 375

» Lorsque, dans la soirée, je me suis livré à un travail très opiniâtre, les hallucinations ne manquent jamais de se présenter. 11 y a trois mois, ayant passé deux jours consécutifs à traduire un long passage gree assez difficile, je vis, à 'peine au lit, des images si multipliées et qui se succédaient avec tant de promptitude, que cela produisit sur moi une véritable frayeur, et que je me levai sur mon séant pour les dissiper. Au contraire, à la campagne, quand j'ai l'esprit calme, je, n'éprouve que plus rarement le phénomène. »

Ce ne sont pas seulement des hallucinations de la vue que l'on éprouve dans l'état intermédiaire entre la veille et le sommeil, mais on peut être sujet encore à des hallucinations de l'ouïe. « Ainsi, dit M. Maury, qui a étudié ce phénomène sur sa propre personne, j'entends, dans le calme et l'obscurité de la nuit, un son articulé, un mot, une phrase prononcée comme à voix liasse à mon oreille, ou bien encore un son lointain. Ce son n'apourtant pas l'intensité d'un son réellement externe; il ne frappe pas de'la même façon le nerf auditif ; cependant il est bien différent de celui que la mémoire reproduit à la pensée. » .le souligne intentionnellement ce dernier passage, parce qu'il est bien constant pour moi, et ma conviction résulte de l'observation de centaines d'aliénés hallucinés, que quelle que soit l'intensité du phénomène chez quelques-uns, comme netteté de la vision et clarté de l'audition, l'image est le plus ordinairement affaiblie, et la voix qu'il entend ne frappe pas l 'halluciné comme celle des êtres vivants et présents qui lui adresseraient la parole ; j'excepte certains paroxysmes d'aliénation, où le phénomène est d'une vérité effrayante comme perception visuelle ou auditive. Serait-ce là une analogie déplus entre le rêve et l'hallucination ? -le ne désire pas entrer dans une dissertation aussi ardue; je me contenterai de conclure avec M. le docteur Bûchez, que « quoiqu'on en ait dit, ni le rêve, ni l'hallucination n'ont le complet de l'hallucination véritable. L'image est toujours imparfaite et affaiblie, il y manque toujours quelque chose. On est dupe en rêve, parce queles facultés supérieures, celles du jugement et de la raison, sont comme endormies ; on est dupe dans l'hallucination, soit parce quVJ priori on y croit, soit parce qu'on est aliéné. »

Mais, encore une fois, la difficulté d'établir des analogies entre phénomènes aussi complexes ne doit pas faire perdre de vue l'importance du rêve comme symptôme d'aliénation ; j'en parlerai, du reste, à propos du sommeil chez les aliénés. Pour ce qui me regarde, je ne manque jamais de m'informer quels ont été les troubles du sommeil dans la période d'incubation de l'aliénation mental. Je sais que des rêves effrayants sont souvent les précurseurs d'un accès d'aliénation. « Les rêves précèdent

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