INTERVENTION DE LA MÉMOIRE, DE L'IMAGINATION
quelquefois l'état de la folie, dit M. le docteur Falret, ou la reproduisent lorsqu'elle est guérie. Odier (de Genève) fut consulté en 1778 par une dame de Lyon qui, pendant la nuit qui précéda l'éclat de l'aliénation dont elle fut atteinte, avait cru voir en rêve sa belle-mère s'approcher d'elle avec un poignard, dans l'intention de la tuer. Cette impression vive et profonde, se prolongeant pendant la veille, acquit une intensité et une fixité mélancoliques, et la malade présenta dès lors tous les caractères d'une véritable maladie mentale. Un maniaque auquel le docteur Grégory avait donné des soins, et qui était parfaitement guéri, eut, une semaine après son rétablissement, des rêves dans lesquels il fut assailli par les mêmes pensées tumultueuses et par les mêmes passions violentes qui l'avaient agité pendant la folie. » (Falret, Leçons cliniques, p. 120.)
Septième ordre. — Influences de la mémoire, de l'imagination. Hallucinations de l'ordre intellectuel et moral. — La part considérable que j'ai faite aux conditions maladives de l'organisme dans la production des hallucinations et de cette multitude d'impressions qui sont l'origine de tant d'idées délirantes, ne doit pas me faire négliger celle qui, dans la perpétration de ces phénomènes, revient aux facultés intellectuelles et morales. En agir autrement serait nier en principe qu'il existe des causes physiques et des causes morales d'aliénation. Mais quant à ce qui regarde la nature intime du phénomène, son essence, la sage réserve dans laquelle je me suis maintenu à propos de la question principale, sera suivie par moi dans la question secondaire. Si donc je me suis particulièrement attaché à faire ressortir les conditions pathologiques dans lesquelles se produit l'hallucination, ce n'est pas à dire qu'une théorie sur la perpétration du phénomène doive être considérée comme chose inutile, et que l'on doive se borner à décrire le fait particulier sans essayer de le rattacher à aucun fait plus général. Je crois au contraire, avec M. Falret, que « loin d'être un fait simple et indécomposable dont il serait stérile de chercher le mode de production, l'hallucination est un fait complexe, qu'il est utile, indispensable même d'étudier dans ses phénomènes constitutifs. Je pense, avec cet honorable médecin, qu'il est possible de le rattacher à des faits plus généraux qui peuvent éclairer le mystère de sa génération, et rendre compte d'une manière satisfaisante de sa naissance et des diverses phases de son évolution (Falret, ouvr. cit., p. 164). » Seulement, à ce propos, une différence d'opinion plus apparente que réelle semble séparer les médecins. Entre ceux qui veulent que la nature du -phénomène soit intellectuelle, et que ce soit dans les lésions de l'intelligence qu'il faille chercher la cause de l'hallucination, et ceux qui n'admettent que l'intervention des sens et des affections de l'organisme dans la perpé-