HALLUCINATION DE L'ORDRE INTELLECTUEL ET MORAL
tration du fait, la démarcation paraît profonde, radicale. Toutefois je suis porté à croire que les différences sont moins grandes qu'on ne le suppose, lorsqu'on se place, ainsi que je vais le faire, sur le terrain de l'influence réciproque du physique et du moral. Je vais essayer de le démontrer.
Dans la discussion (1) qui eut lieu à la Société médico-psychologique sur les hallucinations, M. le professeur Garnier s'exprime en ces termes : « J'admets que les organes du corps peuvent donner à l'âme des perceptions, des conceptions, des hallucinations, mais j'admets aussi que l'âme puisse réagir sur les organes. L'âme, par sa libre volonté, produit souvent dans ses organes le même effet que les agents extérieurs. Une commotion externe peut produire dans le cerveau une émotion durable; il en est de môme d'une décision de la libre volonté de l'âme. »
Examinée à ce point de vue, la question va se simplifier. Il ne s'agit
(1) Cette discussion, à laquelle MM. Peisse, Bûchez, Sandras, Gerdy, Maury, P.aillarger, Garnier, Michéa, Brochin, de Castelnau, Parchappe, Delassiauve, Brierre de Boismont, ont pris une part si brillante, a été des plus remarquables par l'élévation des idées théoriques et pratiques que ces honorables médecins ont émises. L'opinion que l'hallucination est un phénomène anormal et d'une nature pathologique semble avoir prévalu, malgré la part très légitime, du reste, qui a été faite aux influences de l'ordre intellectuel et moral. M. Sandras a démontré, par un fait qui lui était personnel, à quel point l'hallucination est liée aussi bien à l'état d'exaltation du système nerveux qu'à l'état d'anémie dans la période de convalescence des maladies graves. J'ai moi-même cité, dans mes Éludes cliniques, les conceptions extraordinaires qui ont eu lieu chez moi dans une situation semblable. On consultera avec intérêt le' compte rendu de ces discussions dans les tomes XIX et XX des Annales médico-psychologiques (années 1855-1856).
La quantité énorme de travaux publiés en ces derniers temps sur les hallucinations m'impose l'obligation d'en donner une table bibliographique abrégée pour les médecins qui voudraient se tenir au courant des ouvrages principaux. Outre les ouvrages de MM. Esquirol, Falret (Leçons cliniques), Leuret (Fragments psychologiques) et des principaux aliénistes, on consultera avec fruit le traité spécial de M. le docteur Brierre do Boismont : Des hallucinations, ou Histoire raisonnèe des apparitions, des visions, de l'extase, du, magnétisme et du somnambulisme. 2e édition, Paris, 1852. — ■ Du délire des sensations, par M. le docteur Michéa, ouvrage couronné par l'Académie de médecine. Paris, 1848. — De l'amulette de Pascal et du démon de Socrale, par M. le docteur Lélut. 2e édition, Paris, 1856. — Du haschisch et de l'aliénation mentale, Etudes psychologiques, par M. le docteur Moreau (de Tours). Paris, 1846. — Mémoire sur plusieurs cas d'hallucinations avec des observations sur les phénomènes et les états morbides dans lesquels les hallucinations se produisent, par M. le docteur Patterson, traduit par M. Brierre de Boismont (Annales, t. III, p. 168). — De l'influence de l'état intermédiaire à la veille et au sommeil sur la production et la marche des hallucinations, par M. le docteur Baillarger (Annales, t. VI, p. 1 et 168). — Dei hallucinations psychicosensorielles, par le môme, t. VII, p. 1 . — Le même important recueil contient des mémoires très intéressants de MM. Macario, Maury, Thore, etc., sur les hallucinations, le sommeil, les rêves, les extases, etc.