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DE LA NOTION INTIME DE L'HALLUCINATION

plus en réalité que de savoir dans quel cas l'hallucination est due à une lésion des sens, à une perturbation quelconque de l'organisme ou à l'exercice anormal des facultés. Conclure que l'hallucination est un phénomène purement intellectuel, parce qu'il implique des désordres de la mémoire, de l'imagination, de l'attention, ce n'est pas là trancher la difficulté. Nous savons parfaitement que, en dehors de la présence active des facultés de l'intelligence, l'hallucination n'est pas possible. L'idiot, chez lequel les pouvoirs intellectuels sont comme non avenus, n'a pas plus d'hallucinations de la vue et de l'ouïe que l'aveugle où le sourdmuet de naissance ; mais, encore une fois, l'hallucination est un fait psychieo-somatique ou psychico-sensorial c'est-à-dire un phénomène qui exige l'intervention des facultés intellectuelles et des facultés organiques. La question, ainsi que je le disais, se résume donc à savoir dans quelle proportion interviennent les causes de l'ordre intellectuel et les causes de l'ordre physique dans la perpétration du phénomène.

Or, les conclusions que j'ai déduites de l'observation pathologique des faits ne peuvent guère nous laisser dans le doute à cet égard. Je suis en droit d'affirmer, avec la presque généralité des médecins spécialistes, que l'hallucination, phénomène anormal, phénomène de l'ordre pathologique , mais n'impliquant pas toujours la folie, a son point de départ dans le trouble des éléments organiques de l'être humain; ce n'est d'ailleurs qu'un symptôme de la folie.

En vain, objeetera-t-on que les extases, les ravissements de tant d'individus voués à la vie religieuse, ne peuvent être rigoureusement appelés des phénomènes pathologiques, que c'est un état extraordinaire de l'état cérébro-psychique. Ce fait, que je ne veux pas examiner en ce moment, ne peut se séparer pour moi des influences maladives exercées sur l'organisme par le jeûne, les veilles prolongées et la concentration incessante de la pensée sur un même point, sans compter encore d'autres causes intercurrentes dont l'action ne saurait être contestée. Mais revenons à la réalité des faits pathologiques qui sont de la compétence médicale et qui se rattachent à l'étude des désordres de l'organisme. Qu'avons-nous observé dans cette longue nomenclature de causes qui agissent sur le système nerveux au point de produire des conceptions anormales? Ce (pie nous avons observé, depuis l'état d'hyperesthésie et d'anesthésie jusqu'à la manifestation des phénomènes hallucinatoires les plus complexes, c'est, dans la très grande majorité des cas, l'intervention primitive active et puissante d'un désordre organique.

Les troubles et les lésions du système nerveux ganglionnaire, les affections spéciales des organes sensitifs, les affections idiopalhiques et

c'est un phénomène de l'ordre pathologique. 279

sympathiques du cerveau, les altérations du sang qui amènent l'anémie et la pléthore, l'ingestion des agents intoxicants, produisent des délires spéciaux et des hallucinations caractéristiques. Ceci n'est qu'une déduction légitime de notre théorie des maladies mentales. Si c'est la cause, la lésion ou les troubles fonctionnels dans leurs rapports avec les prédispositions du sujet, qui déterminent la forme cle la maladie, à plus forte raison ces éléments fixeront-ils la nature, des symptômes, qui seront invariables, similaires dans telle ou telle forme spéciale, et cela en dehors des dispositions intellectuelles antérieures de l'individu malade.

Que chez les hommes à grande imagination et dont l'instruction est très variée, il se produise des hallucinations et des délires plus riches et plus complexes, je l'admets facilement. Nous remarquons ce fait chez les individus de la classe riche, et dans nos asiles, les malades qui ont habité les grandes villes, et dont les sens ont été ouverts de bonne heure à des impressions plus vives, plus multipliées, ont généralement des hallucinations plus complexes que les simples habitants de la campagne. Mais cela n'empêche pas que les lésions du système nerveux ganglionnaire, les congestions cérébrales, les intoxications, etc., amèneront plutôt tel phénomène hallucinatoire (pie tel autre. Cela est rigoureux, nécessaire, et dans ces cas les hallucinations sont imposées à l'être souffrant en vertu de la cause. Il devient alors passif, privé de toute spontanéité et de tout moyen d'antagonisme; il est aliéné. Et ici encore l'observation est notre guide.

Nous savons parfaitement que nos aliénés n'ont pas d'hallucinations à toutes les périodes de leur affection. Il est certaines catégories de ces malades qui n'en ont jamais eu, et j'ai tout lieu de croire que, sous ce rapport, la statistique d'Esquirol est exagérée. Quoi qu'il en soit , nous remarquons que c'est dans les moments d'exacerbation où le phénomène se produit avec plus d'intensité et d'une manière régulière et uniforme. Cela est si vrai, que nous pouvons prédire qu'à une certaine période de leur affection, nos aliénés auront telle hallucination et non pas telle autre. Ils parcourent alors un cercle dont tous les points de circonférence sont marqués par des phénomènes névropathiques spéciaux. Qu'il me soit permis de citer un fait significatif, car nous sommes arrivés au point le plus important, non-seulement cle la théorie de l'hallucination en- particulier, mais delà pathogénie du délire en général.

Une de nos malades hystérico-épileptiques nous présente, à chacun de ses accès, les phénomènes suivants, qui se déroulent d'une manière invariable et identiquement la même.

Après une première série d'accès épileptiques, les troubles sensoriaux s'organisent. La malade se plaint de subir les phénomènes du mal de mer.

380 ITALUICWATION D'UNE HYSTÈRO-ÉPILEFFIQUE .

Son lit, sa chaise, se dérobent sous elle. Les objets tournent, se déplacent; c'est un état de malaise intolérable, il se passe des c/wses extraordinaires dans son intérieur. Elle se croit enceinte. Il lui semble quelle va faire une grave maladie, qu'un grand malheur la menace. Elle a des terreurs vagues, de sombres pressentiments. On lui cache quelque chose. Elle sent quelle n'est plus la même. Elle a des douleurs névropathiques qui se fixent tantôt sur un point, tantôt sur un autre. Des bouffées de chaleur lui montent au visage, des sensations indéfinissables l'inquiètent, l'agitent, la tourmentent.

A la suite d'une deuxième série d'attaques de même nature, les sens acquièrent une exquisivité maladive très grande. Le moindre déplacement d'un meuble, une porte qui s'ouvre ou se ferme, lui font l'effet d'un roulement de tonnerre; elle prête l'attention au bruit du canon, aux cris de combattants imaginaires. Les objets environnants ne se déplacent plus, mais ils grandissent ou ils rapetissent. L'hallucination n'est pas encore organisée, mais la malade interprète les moindres bruits, les moindres sons dans le sens de ses préoccupations maladives du moment . Les voix des inconnus qu'elle entend à distance sont celles de ses parents, de ses enfants. Ils sont cachés dans ses appartements ; on ne Lui dit pasla vérité, il se passe des choses épouvantables, c'est la période de l'illusion; un moment encore et le phénonène hallucinatoire va se révéler dans toute son intensité.

Il se produit après une série d'accès plus impétueux et plus fréquemment répétés que les précédents. Le visage de la malade est effrayant, son regard est fixe ; un cercle blanchâtre, semblable à un segment lunaire, paraît à la partie inférieure de l'œil et sépare la conjonctive des parties colorées de l'œil. A cette même période, on observe un peu de stupeur; mais après quelques heures passées dans cet état, il s'organise un délire furieux, extraordinaire, signalé par des cris, des chants, des hallucinations, et par la manifestation des tendances les plus dangereuses.

Dans cette situation extrême, les hallucinations ne peuvent plus se distinguer des illusions; ces deux ordres de phénomènes marchent de concert et s'engendrent l'un par l'autre. Madame X... entend des voix, elle a des visions. -Elle voit ordinairement les enfants qu'elle a perdus apparaître au ciel de son lit sous forme d'anges ou de démons. Il y a des indwiâuft cachés sous son lit et qui la menacent. Une tache de sang qu'elle aperçoit sur sa manche est le sacré cœur de Jésus. On fait disparaître la tache, et la vision se reproduit mille fois, pour la malade, sur les tentures de son lit, sur les murs de sa chambre. A cette période, madame ... ne nous reconnaît plus, et notre présence provoque des illusions de toutes sortes :

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