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DANS QUEL SENS FAUT-IL ENTENDRE CES DÉNOMINATIONS

qui se réalisent au dedans comme au dehors de nous, il ne nous reste, dis-je, d'autre ressource que de remonter la série régulière des effets et d'embrasser l'ensemble des propriétés susceptibles d'observation et soumises à l'expérience.

Cette dernière pensée nous trace l'ordre et la nature de nos recherches et en détermine les limites. Lorsque nous parlerons des lésions de la mémoire, nous ferons allusion aux conditions pathologiques de l'organisme dans lesquelles la faculté de rappeler les idées et les notions des objets qui ont produit les sensations est tantôt diminuée, amoindrie, annihilée et parfois surexcitée (1). Pareillement, dans les dénominations de lésions ou troubles de l'attention, de l'imagination, de la volonté, etc., nous saurons parfaitement faire la part des conditions organiques dans lesquelles ces facultés ne peuvent s'exercer, et celle de l'immatérialité de l'àme et de son unité qui excluent la conception d'un état de malaise, de souffrance, de maladie, semblable à ce qui existe pour l'organisme.

Nous comprenons que dans les délires extrêmes avec exaltation maniaque, les sensations soient si vives, les impressions si nombreuses, les illusions des sens et les hallucinations si multipliées, que l'instrument principal des opérations intellectuelles se trouve complètement soustrait à cette force agissante et rétlexe qui fait la personne ; en d'autres termes, que l'attention est impossible. Ainsi en est-il de l'imagination, de la volonté et d'autres facultés dans des conditions maladives et déterminées de l'organisme.

Nous savons encore que ces facultés sont des phénomènes qui, en physiologie, exigent pour leur manifestation le concours de plusieurs des fonctions cérébrales élémentaires, ou, si l'on veut, celui de plusieurs autres instincts et facultés intellectuelles, et que dans l'état de maladie, ce concours fait défaut. De là l'état de trouble, de désordre, d'incohérence, d'absence, parfois de suractivité des facultés, et finalement enfin, si l'on accepte ce terme, la lésion des forces fondamentales de l'âme.

En nous exprimant ainsi, nous constatons un fait qui peut être plus ou moins bien analysé dans son essence psychologique (2), mais qui ne

(1) Je ne puis m'en tenir, dans ces courtes considérations psychologiques, qu'aux définitions les plus généralement acceptées. On comprend qu'il me soit impossible de suivre les psychologues sur le terrain des variations, en fait de définition des principales facultés de l'âme.

(2) Loin de moi l'idée de vouloir discréditer les études psychologiques en aliénation. C'est au contraire une belle, une noble et très intéressante étude que celle de toutes les questions qui ont trait au développement et à l'exercice des facultés intellectuelles. J'ai déjà exprimé le désir de voir une bonne psychologie servir d'initiative à l'étude des troubles de la raison. Je ne m'élève ici que contre la méthode qui consiste à faire de la

o9h TROUBLES, LESIONS DES FACULTÉS INTELLECTUELLES.

peut servir de base à une classification des maladies mentales, à moins que l'on n'introduise dans la spécialité de ces affections, des maladies de la mémoire, de la volonté, de l'imagination, etc.

En dehors des considérations de l'ordre physiologique que j'ai données pour étayer ma classification des maladies mentales, en dehors des considérations plus nombreuses encore que je pourrais produire, je tiens à m'appuyer sur l'autorité d'un homme bien compétent en ces matières, d'un illustre et savant psychologue, M. Maine de Biran. Voici comment il s'exprime; je cite ses propres expressions : 8 Irons-nous chercher les signes et les caractères propres d'une division des phénomènes intellectuels dans un état qui exclut précisément la condition première et fondamentale de l'intelligence; je veux dire l'aperception, le conscium, le compos sut? Peut-on supposer l'exercice des facultés d'attention, de mémoire, de comparaison, de méditation, etc., dans un être qui s'ignore actuellement lui-même et qui est privé de la puissance réelle d'entendre des idées, comme de vouloir des actes? Je sais bien qu'on peut transporter à l'état complet même d'aliénation mentale certaines facultés définies et caractérisées (en dedans de la sensation), sous les titres conventionnels d'attention, jugement, etc., comme l'a fait Condillac dans le fantôme hypothétique qu'il a pris pour terme de ses analyses; mais il resterait à savoir si ce sont là les opérations dont nous retrouvons le modèle intérieur, ou dont nous obtenons les idées singulières, en réfléchissant sur nous-mème. Ne seraient-ce pas plutôt des idées très différentes sous les mêmes titres conventionnels?

» .le crois qu'au lieu de chercher dans les divers cas d'aliénation mentale les signes d'une division du siège des facultés intellectuelles, qui n'existent que nominalement, ou par supposition dans la plupart de ces

lésion des facultés dans l'aliénation, le but presque exclusif de nos recherches, et à établir une classification en rapport avec ces mêmes lésions. Cette étude, si loin qu'il puisse la mener, ne mettra pas le médecin aliéniste en mesure de formuler les règles d'un traitement rationnel. Nous avons plus d'intérêt à savoir les causes de tels ou tels états délirants, que de connaître, psychologiquement parlant, comment une idée délirante peut susciter dans notre esprit une idée de même nature. Au reste, la question psychologique ne pourra jamais être complétée en dehors des données de l'ordre physiologique. C'est là une vérité qui ressort des travaux de MM. les docteurs Colineau, Lélut, F. Voisin et autres médecins distingués qui, dans ces derniers temps, se sont occupés de ces intéressantes questions. — Consultez : Lélut, Recherches sur la physiologie de la pensée (Annales médico-psychologiques, t. XX). — Voisin, Analyse de l'entendement humain: Quelles sont ses facultés? que! en est le nom, quel en est le nombre? quel en doit être l'emploi? Paris, 1858. Enfin, je ne puis que conseiller aux jeunes élèves de lire l'immortel ouvrage de Cabanis, Des rapports du physique et du moral de l'homme.

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