DANS QUEL SENS FAUT-IL ENTENDRE CES DÉNOMINATIONS
cas, il serait plus utile de bien observer toutes les circonstances de l'invasion, des intervalles et de la terminaison des paroxysmes de démence, pour y bien distinguer les produits aveugles de l'organisme, les saillies passagères d'un cerveau déréglé, de ce qui peut partir réellement d'une volonté, d'une intelligence. Les deux éléments qui constituent Y homme double sont si intimement unis dans son état naturel, que la réflexion a bien de la peine à les entrevoir séparés; mais, dans les cas dont nous parlons, on peut les surprendre, les signaler à part. On les voit se succéder, s'exclure, se joindre, prédominer tout à tour, et former, sous la même enveloppe, deux êtres qui n'ont presque point de correspondance, ou sont aussi étrangers l'un à l'autre que l'est l'homme éveillé aux actes qu'il a faits dans le somnambulisme. »
Je signale ces dernières considérations. La pensée d'un homme étranger, non pas à l'observation des phénomènes de l'intelligence, mais à celle de l'aliénation proprement dite, me semble pouvoir s'appliquer à la méthode à suivre dans l'étude de cette maladie. Je ne me suis pas préoccupé jusqu'à présent de certaines questions psychologiques insolubles, et j'ai cru qu'il était plus utile de bien observer toutes les circonstances de l'invasion de la maladie. Je suis heureux d'être d'accord avec un psychologue qui pose le problème en ces termes : observer les circonstances de l'invasion, des intervalles et de la terminaison des paroxysmes de démence.
Délire {delirium, Tcapaypoffôvvj). — Le délire est un des symptômes les plus caractéristiques des maladies mentales. D'un autre côté, il est peu d'affections aiguës dans lesquelles il ne se produise de délire, et le diagnostic différentiel de certains délires nerveux transitoires et du délire de l'aliénation n'est pas toujours facile à établir. Le phénomène qui nous occupe peut en effet se montrer dans la période initiale d'une affection mentale qu'il n'est parfois possible de diagnostiquer qu'à posteriori. L'importance du symptôme délire fait qu'il est souvent pris pour synonyme de folie. C'est ainsi que le délire des persécutions forme une des variétés les plus intéressantes de la folie hypochondriaque. Je n'examinerai ici le délire que comme l'expression de cet état mental qui fait que l'aliéné associe des idées incompatibles, et prend des idées ainsi alliées pour des idées réelles. On distingue en aliénation plusieurs sortes de délire.
1° Les deux divisions principales de délire sont celles du délire aigu et du délire chronique. La chronicité appartient plus particulièrement à l'aliénation, et l'acuité aux perturbations intellectuelles transitoires, que l'on ne doit pas confondre avec l'aliénation. Les principaux caractères différentiels des deux situations sont les suivants : Dans la folie, le délire peut être général, mais le plus ordinairement il