ALIÉNATION DANS L' ANTIQUITÉ. — GALIEN , ETC
dans un domicile momentané, ou si le principe de cette faculté est une portion matérielle du corps. S'il est difficile de juger celte question, au moins est- il permis de dire par expérience que lorsque le trépan est mis en usage, et que l'on comprime le cerveau, le patient perd à l'instant tout sentiment et tout mouvement. Si une inflammation se développe dans cet organe, on voit parfois survenir ces mêmes accidents, et constamment la lésion de la pensée. Le délire peut suivre une brûlure à la tète. Des coups à cette même partie peuvent amener le carus ou l'assoupissement. Tout violent travail morbide dans le voisinage du cerveau peut causer du trouble dans l'exercice de la pensée. H faudrait d'abord savoir en quelle partie de cet organe est le siège de l'intelligence. Si l'on connaissait bien l'état physiologique du cerveau, on trouverait souvent dans son état pathologique et le lieu malade et le genre de maladie; quant à nous, nous pensons qu'il est à la fois le foyer des mouvements volontaires, de l'intelligence, du sentiment et de la mémoire (1). »
Tel est l'exposé de la doctrine de Galien sur le rôle du cerveau dans la production de la folie. Nous préférons laisser le lecteur à ses impressions personnelles plutôt que d'anticiper sur ce que nous avons à dire nous-même à propos des théories régnantes en aliénation mentale, et de la manière de les interpréter. Toutefois nous devons laisser entrevoir que c'est sur la grande division des affections cérébrales idiopatbiques et sympathiques que se trouvent appuyés les éléments de notre propre classification. Nous devons encore faire ressortir l'importance de celte incontestable vérité émise par Galien : « Si, à l'occasion d'une fluxion de poitrine (et ajoutons de toute autre maladie), il survient un délire constant, pensez que la tète est devenue le siège d'une affection tellement propre, qu'elle peut survivre à la guérison de la maladie de poitrine. » Tel est en effet le phénomène capital qui domine dans l'étude des transformations morbides dont le cerveau semble devenir le siège exclusif dans la folie chronique (2),
(1) Galien, In Prorrhet. comment., Iraduclion de M. Trélat.
(2) Bans ses Recherches historiques sur la folie, M. le docteur Trélat émet les réflexions les plus judicieuses à propos des idées de Galien : « Si l'on goûte, dit M. Trélat, une douce satisfaction à trouver dans ses écrits tant de choses positives, on éprouve aussi un sentiment pénible en y voyant des explications hasardées qui forment un contraste choquant avec le reste. On est étonné que , toujours dans la bonne voie et sur le point de trouver la vérité tout entière, il se prive lui-même des moyens d'y arriver. C'est ainsi qu'après avoir dit que chaque organe a ses fonctions, que toute fonction étant altérée , il faut en rechercher la cause dans le lieu qui l'exécute, qu'on ne peut placer la cause immédiate des désordres de la pensée ailleurs que dans la tête, que le sang est appelé en grande quantité vers toute partie souffrante et