‹ Traité des maladies mentaleChapitre 250 sur 500 · RAPPORT DE L'HOMICIDE AVEC SES CAUSES MALADIVES · texte numérisé non relu

RAPPORT DE L'HOMICIDE AVEC SES CAUSES MALADIVES

nature intime. Pour en comprendre la perpétration, il faut connaître les motifs qui dirigent le malade, et se rendre compte de sa situation pathologique. On trouve sous ce rapport, dans Esquirol, les renseignements les plus précieux. Cet excellent observateur a soin d'indiquer sous quelles influences maladives l'homicide a heu dans la généralité des cas.

1° L'hallucination porte les aliénés au meurtre, et j'en ai produit des exemples. « Un jeune homme, dit de son côté Esquirol, qui depuis six mois, après un accès de manie aiguë, n'avait dit un mot, ni exécuté un mouvement volontaire, saisit une bouteille pleine et la jeta à la tète d'un domestique. Il resta immobile et silencieux, et guérit après quelques mois. Je lui demandai alors pourquoi il avait jeté cette bouteille : « Parce » que, me répondit-il, j'entendis une voix qui me dit : Si tu tues fjuel- » qu'un, tu se7*as sauvé. Je n'avais pas tué l'homme que je voulais atteindre, » mon sort ne devait pas changer; je restai silencieux, immobile. Au » reste, la même voix me répétait sans cesse depuis six mois : Si tu bouges, » tu es mort. » Cette menace, ajoute Esquirol, était la cause de l'immobilité de ce malade, qui, guéri de ce premier accès, est mort dix-neuf ans après, dans une crise de manie aiguë. »

2° Les aliénés tuent par vengeance, par ressentiment. Il n'est pas de médecin d'asile dont les jours n'aient été en danger pour une cause ou pour une autre, et des malheurs trop nombreux attristent, sous ce rapport, les annales de la science. Il n'en est aucun qui n'ait eu à supporter d'injustes appréciations de quelque aliéné au délire prédominant des persécutions. Ces malades sont prompts à accuser ceux qui les soignent de les détenir arbitrairement. En général, les aliénés, ceux surtout qui sont sujets à des hallucinations , ceux encore chez lesquels l'aliénation n'étouffe pas la mobilité de la passion, se trompent facilement sur les qualités des personnes. « Mes jours, dit Esquirol, ont quelquefois été mis en danger à la Salpètrière par une jeune tille maniaque et nymphomane.... Cette malade me prenait pour un homme qu'elle avait aimé. »

Les plus dangereux de tous les aliénés, sous le rapport des tendances au meurtre, sont les malades à prédominance du délire des persécutions, ceux dont l'esprit est troublé par des hallucinations ayant trait à l'exercice du sentiment religieux, à l'interprétation fausse qu'ils font des croyances de l'ordre révélé. Les épileptiques sont sujets à des emportements furieux. Chez ces derniers malades, l'impulsion au meurtre peut être instantanée , terrible en ses conséquences; ordinairement elle se manifeste après des accès répétés d'épilepsie. Les épileptiques ne conservent parfois aucun souvenir des meurtres qu'ils ont commis. Des exemples confirmatifs de la'tendance au meurtre dans telle ou telle catégorie d'aliénation seront

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