PERVERSIONS DES INSTINCTS GÉNÉSIQUES. — NÉCH0PH1LES
complication. J'en ai dit assez sur ce sujet aux articles étio logiques : Excès vénériens, onanisme, pertes séminales, etc., § VII , p. 175.
Mon intention est d'examiner dans quels rapports les différentes perversions des instincts génésiques et les manifestations erotiques se trouvent vis-à-vis de la folie comme symptômes de cette affection, en général, et comme symptômes de telle ou telle espèce de vésanie, en particulier. Il importe avant tout, sous peine de confondre les symptômes de lésions essentiellement différentes, de préciser le sens des termes pathologiques employés par les auteurs.
Sous le nom de perversion des instincts génésiques, on comprend des faits qui peuvent également appartenir à la folie et à l'immoralité dans ses limites extrêmes : je veux parler de la cohabitation avec les cadavres. Heureusement, ces sortes de perversions des instincts génésiques sont tellement rares qu'il ne sera pas nécessaire de nous y arrêter longtemps.
En 18^7, l'autorité avait été prévenue que des faits de violation de sépulture se répétaient dans divers cimetières de Paris avec une fréquence déplorable. C'était surtout dans le cimetière de Montparnasse que se passaient ces scènes épouvantables, et la surveillance la plus active avait été mise -en défaut par un individu qui, ainsi qu'il ressort du procès, était l'unique auteur de ces profanations. Les cadavres les plus récemment enterrés, et les cadavres de femme surtout, étaient l'objet des attentats de ce nécrophile. Si l'on a pu croire un instant que le sergent Bertrand, car tel était le nom de ce misérable aliéné, n'était poussé que par le besoin maladif, né dans un état de délire, de profaner les tombeaux, ses propres aveux démontrèrent bientôt que cette horrible tendance se compliquait de la déviation la plus épouvantable qui se puisse imaginer des tendances génésiques.
Dans un travail inséré dans la Gazette hebdomadaire (1), j'ai signalé les différentes catégories maladives qui fournissaient d'aussi monstrueuses anomalies. Bertrand appartenait à une variété de mélancoliques heureusement fort rares aujourd'hui, et que l'histoire de l'aliénation mentale dans l'antiquité et le moyen âge nous a fait connaître sous le nom de lycanthropes, vampires, etc (2). Les anciens, dit M. Guislain, qui donne à ces sortes d'aliénés le nom de nécrophiles, les anciens, en parlant de la lycanthropie, ont cité des exemples qui ont la plus grande analogie avec
(1) Considérations médico-légales sur un imbécile érolique convaincu de profanation de cadavres; Lettres à M. le docteur Bédor, médecin de l'hospice civil à Troyes, par le docteur Morel (Gazelle hebdomadaire, 1857).
(2) Voyez Récapitulation des faits concernant les épidémies intellectuelles des siècles passés, § m, p. 58.
h\k SATYRIASIS. — NTMPllOMANiE.
le t'ait qui nous occupe. Aétius parle de certains aliénés qui, semblables à des loups, rôdent la nuit dans lescimetières et profanent les sépultures. Forestus mentionne un paysan qui hantait les lieux consacrés aux morts, et qui offrait tous les symptômes des déterreurs de cadavres; il ajoute que la plupart de ces malheureux joignaient à ces actes dépravés l'instinct de l'anthropophagie, et qu'ils dévoraient de préférence les intestins (1).
J'ai pareillement cité, dans le travail auquel je fais allusion, des faits de cohabitation avec les cadavres, commis par des imbéciles ou pai' des idiots érotiques.
Enfin, le croirait-on, la perversion épouvantable des instincts génésiques que nous résumons dans le fait du sergent Bertrand, n'est pas un symptôme exclusif du trouble des facultés intellectuelles! Des exemples plus nombreux qu'on ne pense se sont produits où des actes de ce genre doivent être imputés à des individus parfaitement responsables de leurs actes, et qui n'ont eu d'autre excuse à alléguer que l'influence exercée par des besoins vénériens excessifs, par la violence de certaines passions et la dépravation extrême de l'imagination : cette dernière circonstance s'est présentée dans des cas de prédisposition à la folie. Toutes ces situations diverses méritent un sérieux examen, lorsque surtout il s'agit de déduire de faits pareils une indication symptomatique, ou de décider, en médecine légale, de la culpabilité d'un prévenu.
Esquirol établit une différence entre V érotomanic (spw;, amour, pavi'a, délire) et la nymphomanie (»û/iy>j, nymphe, et ^avi'a, délire, Muttenvuth des Allemands). La même différence s'applique, dans l'esprit de ce médecin, à l'état désigné sous le nom de satyriasis (de sâtupos, satyre, aa.Br,, membre viril). « L'érotomanie, dit Esquirol, diffère essentiellement de la nymphomanie et du satyriasis. Dans celle-ci, le mal nait des organes reproducteurs, dont l'irritation réagit sur le cerveau ; dans l'érotomanie, V amour est dans la tête. Le nymphomane et le satyrisiaque sont victimes d'un désordre physique; l'érotomaniaque est le jouet de son imagination. L'érotomanie est à la nymphomanie et au satyriasis ce que les*
(1) Cette anthropophagie, dit M. le docteur Limier, dans le compte rendu de l'affaire Bertrand, n'était, du reste, pas rare aux xvie et xVii* siècles. Sans ajouter foi aux récits des pauvres hallucinés dont on peut lire la relation dans l'ouvrage de M. Calmeil, et qui s'accusaient de crimes imaginaires, il est certain que quelques-tins commettaient de véritables actes d'anthropophagie. Au xvr sièclë, une femme de Milan, dit Bodin (De la démottomanie; des sorbiers, Paris, 1852, ih-4", p. 61), fut condamnée à la roué pouf avoir étranglé et mangé son enfant. Elle ai-ait cédé, disait-elle, à l'instigation du démon. Qttelques lignes plus bas, l'auteur rapporte un fait semblable.