‹ Traité des maladies mentaleChapitre 257 sur 500 · DU DÉLIRE EROTIQUE PROPREMENT DIT. M · texte numérisé non relu

DU DÉLIRE EROTIQUE PROPREMENT DIT. M

affections vives du cœur, mais chastes et honnêtes, sont au libertinage effréné. Tandis que les propos les plus sales, les actions les plus honteuses, les plus humiliantes, décèlent la nymphomanie et le satyriasis, l'érotomaniaque ne désire, ne songe pas mêmeaux faveurs qu'il pourrait prétendre de l'objet de sa folle tendresse; quelquefois même son amour a pour objet des êtres inanimés. Alkidias, de Rhodes, est pris de délire érotique pour la statue de Cupidon de Praxitèles. Variola raconte la même chose d'un habitant d'Arles, qui vivait de son temps. » (Esquirol, Monomanie erotique, t. II, p. 32.)

Cette appréciation de l'illustre aliéniste français indique que certains délires érotiques doivent être séparés, au point de vue étiologique et symptomatique, des perversions du sens génésique, telles qu'on peut les observer dans la nymphomanie et le satyriasis. Dans la partie étiologique, j'ai fait la part de la folie que pouvait déterminer Y amour contrarié. Dans cette vésanie, les tendances érotiques peuvent ne pas exister. Elles n'en sont pas les symptômes nécessaires. J'ai vu des fous pur amour mis eh présence de l'objet de leur passion, le méconnaître, le dédaigner, l'injurier même, et délirer dans un tout autre sens que celui de leur tendresse primitive. (§ II, Amour contrarié, p. 218.)

J'ai pareillement observé des individus, de l'un et de l'autre sexe, dont un amour primitif n'avait pas troublé le cerveau, délirer néanmoins dans le sens d'une passion érotique, poursuivre de leur passion insensée des êtres imaginaires ou réels, tels que des personnages historiques anciens, des princes, des princesses, des rois, des impératrices, des femmes célèbres de l'époque. Dans ces derniers cas, la réalité est placée trop au-dessus de ces pauvres insensés pour que les motifs de leur passion puissent être justifiés par la moindre excuse raisonnable. Est-ce bien là de la folie érotique proprement dite? Cette situation mentale n'est-elle pas plutôt la transformation d'un état qui ne reconnaît pas Yamour comme cause première de délire? On peut observer des délires de ce genre chez quelques hypochondriaques, mais surtout chez des paralysés progressifs.

Dans les situations pathologiques de cette nature, le délire amoureux peut bien être le symptôme d'une folie, mais non pas le symptôme de la cause déterminante de cette affection. C'est à ce point de vue qu'Esquirol a pu dire, d'une manière un peu vague peut-êtro, que, dans l'érotomanie, l'amour était dans la tète. L'illustre aliéniste ne voulait faire allusion qu'à la passion amoureuse proprement dite considérée comme cause de folie. Quand, d'un autre côté, il dit que le nymphomaniaque et le satyrislaque sont victimes d'un désordre physique, il ne veut pas donner à entendre que les autres aliénés, à prédominance de délire amôureux ou erotique-,

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