‹ Traité des maladies mentaleChapitre 258 sur 500 · SATYRIASIS. — NYMPHOMANIE · texte numérisé non relu

SATYRIASIS. — NYMPHOMANIE

soient eu dehors de toute atteinte faite au système nerveux par des causes qui ont déterminé la folie.

J'ai rarement eu occasion d'observer la nymphomanie bien franche chez les aliénés. Je pourrais tout au plus, chez des milliers de femmes! aliénées qui ont été soumises à ma direction médicale, relater six cas de nymphomanie extrême. Trois fois cette hideuse vésanie était due, chez des femmes âgées du reste, à des affections spéciales de l'utérus et des ovaires. Chez deux autres, j'ai constaté des affections de la peau. J'ai vu périr, dans le degré le plus extrême de la nymphomanie, une jeune femme mariée, âgée de trente ans, qui nous avait été amenée dans un état de délire aigu. L'autopsie n'a révélé aucun désordre spécial du côté de la matrice, mais la mère de cette malade avait été elle-même aliénée.

Quant au satyriasis tel qu'il est décrit par les auteurs, tel que, dans le Dictionnaire des sciences médicales, article Satyri.vsis, par Rony, on en voit un cas remarquable tiré des œuvres de Baldassar Timeus, j'avoue ne pouvoir fournir un fait de ce genre comme complication, ou comme symptôme de la folie. Ce n'est pas que chez les aliénés il ne se développe, à différentes périodes de leur affection, des tendances erotiques, mais ces tendances ne sont pas permanentes et se modifient avec la marche de la maladie, ou n'apparaissent qu'à certaines époques périodiques. 11 est vrai de dire que les débuts de l'aliénation mentale se signalent assez souvent par des appétits vénériens excessifs. C'est un symptôme d'une signification capitale chez les individus arrivés à l'âge mûr, et dont l'existence antérieure n'avait offert aucune anomalie de ce genre. J'ai vu une lubricité très grande se manifester chez des paralysés généraux dans la période de développement. de leur maladie, aussi bien que chez des individus non réputés aliénés, mais sujets à une affection cérébrale idiopathique. L'intervention médicale est souvent alors chose délicate, mais elle devient indispensable dans l'intérêt de malheureuses femmes victimes des perversions vénériennes de leurs époux. Ces tendances maladives doivent, dans la généralité des cas, être étudiées comme symptôme d'une affection mentale très grave dans sa nature. 11 est rare que l'on ne soit alors obligé de recourir à l'isolement dans une maison de santé.

bans les diverses évolutions de la folie que nous observons chez les aliénés de nos asiles, il peut se produire dans les fonctions génésiques des troubles qui se montrent à des époques périodiques et disparaissent avec la cause qui les a déterminés. Chez les femmes aliénées, l'époque de la menstruation est parfois doublement critique. Il est des malades épileptiques, hystériques et autres soumis à des crises d'agitation périodique, et qui, avant et pendant l'accès, se signalent par leurs tendances érotiques.

TENDANCES POUR LES BOISSONS (DIPSOMANIE DE MARC). >lil

Enfin, sous le nom d'incubes et de succubes, on a personnifié autrefois certaines sensations internes propres à des aliénés hystériques ou soumis à des états névropatliiques, tels qu'on peut en observer dans l'hypochondrie. Ces sensations étaient indépendantes de toute connivence erotique, venant primitivement de la pensée ou de l'imagination, et à plus forte raison d'une passion concentrée. Néanmoins l'histoire des folies épidémiques nous apprend qu'à des époques où ces phénomènes étaient mal appréciés, on les expliquait par l'intervention du démon, esprit impur par excellence. On appelait incubes, les esprits masculins (de in, sur, dans, et de cubare, coucher) ; succubes, les esprits féminins (de sub, sous, et cubare, coucher).

Tendances dépravées pour les boissons alcooliques {monomanie

d'ivresse d'Esquirol; dipsomanie de quelques auteurs modernes, de Stya, soif, et de pavi'a, manie). — Sous l'influence de l'usage continu et progressif des boissons alcooliques, il peut se développer, chez des individus, des affections mentales tellement caractéristiques, tellement en rapport avec leurs causes génératrices, que j'en ai fait une de mes formes d'aliénation. Mais ce n'est pas l'alcoolisme clironique, la folie par ivresse avec toutes ses conséquences pathologiques, que nous avons à examiner ici ; la description de cette forme si grave de vésanie appartient à la pathologie spéciale. Je veux seulement décrire brièvement les différentes circonstances dans lesquelles les tendances à la boisson peuvent être considérées comme symptômes de la folie.

J'ai vu des individus, dans la période initiale de leur aliénation, montrer pour le vin ou les liqueurs fortes une appétence inaccoutumée. Le médecin tiendra un compte particulier de ce symptôme lorsque cette funeste tendance se produit chez les individus qui jusque-là ont été sobres. Les troubles intellectuels qui se manifestent parfois à l'âge critique chez les femmes coïncident assez souvent avec des dispositions inusitées à boire avec excès des liqueurs fortes. Je connais nombre d'erreurs de diagnostic dans des circonstances semblables. Les médecins, trompés par la position sociale de leurs clientes, par tout ce que l'on est en droit d'attendre de femmes bien élevées, n'ont pu supposer que tel ou tel état névropathique pour lequel ils étaient consultés dépendait dans ces cas d'excès alcooliques. L'entourage immédiat des malades partage souvent la même erreur, tant les femmes possédées de cette funeste propension savent couvrir d'un voile impénétrable les débuts de leurs détestables habitudes.

Enfin, la tendance irrésistible pour les boissons peut être le résultat de dispositions maladives innées, telles que je les ai signalées dans différentes

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