SYMPTÔMES DE L'ORDRE INTELLECTUEL
J'ai parlé des symptômes fournis par les fonctions affectives, il me reste à signaler ceux non moins importants que nous révèle l'étude des fonctions intellectuelles chez les aliénés.
§ X. — Symptômes de l'ordre intellectuel. Logique et raisonnement des aliénés. Idée qu'il faut se faire de la suractivité des fonctions intellectuelles chez ces malades. Incohérence, fixité des idées. Manière dont s'expriment les aliénés. État des facultés : mémoire , jugement , volonté. Considérations générales sur la manière d'observer les aliénés et d'interpréter leurs idées, leurs actes et leurs sentiments.
Les personnes qui n'ont pas l'habitude de vivre avec les aliénés leur accordent difficilement la faculté de coordonner leurs idées, d'en déduire des conséquences logiques, au point de vue, bien entendu, de leurs délires prédominants. Les magistrats eux-mêmes qui sont chargés d'interroger ces malades, se décident avec peine à prononcer l'interdiction de ceux qui leur répondent sensément sur les choses ordinaires de la vie. Cependant, si l'on excepte les déments, les paralysés progressifs, dans la période d'exaltation de leur délire des grandeurs, tous les aliénés en général qui se trouvent dans une phase d'excitation de leur mal, on pourra se convaincre, ainsi que je l'ai déjà dit dans mes Études cliniques, que le fait de l'aliénation mentale ne peut briser la loi essentielle de la vie intellectuelle et du mode dont s'opèrent les fonctions de l'intelligence humaine.
A moins donc que par la nature d'une affection cérébrale qui compromet d'une manière radicale tous les organes indispensables à l'exercice et à la manifestation des actes intellectuels et affectifs, l'homme n'en soit réduit aux seules conditions de la vie végétative, il faut bien admettre qu'il existe une infinité de degrés dans la puissance qui reste aux aliénés de coordonner leurs idées, et de répondre souvent avec beaucoup de justesse aux questions qui ne font pas le sujet ordinaire de leurs préoccupations maladives. Que dans la presque généralité des cas, l'exercice des facultés se ressente des troubles de l'économie, de la lésion de l'organe, c'est ce qui est incontestable, et c'est même sur cette donnée physiologicopsychologique, que se trouve appuyée l'idée la plus nette qu'il est permis de se faire de la folie. Mais il est une chose non moins certaine, c'est que malgré les troubles, les obstacles apportés à l'exercice de nos conceptions par l'élément maladif, la faculté même dont l'exercice reste ainsi incomplet ou difficile n'en agit pas moins suivant sa nature. En d'autres termes, l'aliéné pense et raisoyme.
Si l'on me demandait la preuve psychologique de ce fait, je me contenterai de dire que si toutes les intelligences, quelles qu'elles soient, sont