INTERPRÉTATION DU PHÉNOMÈNE. Z
d'activité intellectuelle chez les aliénés, on léra la part du genre de folie dans lequel ces exemples se produisent. J'ai eu occasion de remarquer, chez quelques aliénés hypochondriaques, hystériques et épileptiques, une activité intellectuelle extraordinaire aux époques critiques de l'existence de ces malades. Il n'est pas rare d'observer que les attaques d'exacerbations auxquelles ils sont sujets sont précédées d'une manifestation anormale des forces de l'intelligence. Un jeune aliéné hypochondriaque, confié à mes soins, étonnait souvent ceux qui le voyaient, par la facilité de son élocution et par la manière brillante dont il exposait ses idées. Il lui est arrivé, dans certains moments, de composer, dans l'espace d'une nuit, un morceau de musique ou une pièce théâtrale qui renfermaient des traits remarquables et quelques beautés de premier ordre. Mais pour moi, qui connaissais le malade, je n'étais jamais trompé sur le pronostic que m'inspirait cette situation. Je savais qu'après trois ou quatre jours d'excitation, ce jeune aliéné tombait dans une morne stupeur et dans un hébétement qui lui enlevaient jusqu'à l'instinct de ses besoins les plus naturels. Cette triste situation a fini par la démence la plus complète.
Chez une aliénée hystérique, à prédominance d'idées religieuses exaltées, j'ai pareillement observé des phénomènes extraordinaires comme réminiscences intellectuelles. Elle avait assisté à beaucoup de sermons, et en avait lu un plus grand nombre. Je l'ai entendue répéter mot à mot ce qu'elle avait lu, ce qu'on avait dit en sa présence. C'est le livre à la main que nous avons pu suivre cette exaltée lorsque, sous l'influence d'un phénomène nerveux qui surexcitait ses souvenirs, elle nous récitait des sermons d'orateurs chrétiens très connus. Il lui était impossible de renouveler le phénomène dans son état ordinaire ; mais, comme dans l'observation précédente, nous savions à quoi nous en tenir sur un fait de ce genre, sans compter qu'il ressemblait à une foule d'autres au moyen desquels on a , à diverses époques , exploité la crédulité publique : il était, chez cette hystérique, l'indice d'une crise d'exacerbation suivie de stupeur. Ces crises sont communes à ces malades, qui parcourent souvent d'une manière invariable le cercle de tous les phénomènes extraordinaires auxquels le système nerveux est soumis dans l'état maladif, et qui, dans le monde non médical, donnent lieu à des interprétations si erronées.
Bien loin donc que la folie soit, en règle générale, l'élément d'une suractivité intellectuelle de bon aloi, c'est plutôt le contraire qui a lieu, ainsi qu'il est facile de s'en convaincre au .moyen de l'observation des faits. Je veux résumer aussi brièvement que possible les phénomènes sur lesquels se portera l'attention des médecins, et qui serviront de base à leur diagnostic et à leur pronostic.
/loO INCOHÉRENCE, DÉFAUT D'ATTENTION, FIXITÉ DES IDÉES.
Incohérence dans les idées, défaut d'attention, concentration extrême de l'attention dans l'analyse des sensations chez les hypo-
chondriaques. idées fixes. — L'incohérence des idées est extrême chez les aliénés, dans les cas d'agitation excessive, ainsi que dans ces situations qui indiquent la transition d'un état aigu à un état chronique. Cs n'est qu'en faisant un appel énergique aux malades qu'il est possible de tirer d'eux des réponses tant soit peu conformes a l'objet de la demande. Ces sortes d'aliénés sont aussi peu faits pour exercer leur attention que ces tristes malades incessamment poursuivis par l'idée de la mort, par celle des malheurs imaginaires qui doivent leur arriver, ou qui sont tourmentés sans relâche par l'analyse de toutes les impressions qu'ils éprouvent. La concentration exclusive de la pensée sur un point déterminé peut amener la stupeur, Yextase et d'autres phénomènes qui se rapprochent plus ou moins de la catalepsie. C'est ce que nous verrons dans la description du développement et de la terminaison des maladies mentales.
Souvent il serait difficile de se faire une idée de l'incohérence dans les idées chez les aliénés ou de la concentration exclusive de l'attention sur leurs maux imaginaires, si l'on n'avait pas des spécimens de la manière dont ils s'expriment en écrivant. Je me contenterai de citer, dans l'intérêt du diagnostic, deux ou trois exemples du genre. Il s'agit, dans le premier cas, d'un jeune aliéné qui, après un violent délire, se trouvait dans cette période de folie chronique remarquable par l'incohérence extrême dans les idées, et qui est l'indice d'une transition à la démence. Dans le second cas, nous avons affaire à un de ces hypochondriaques dont l'attention est exclusivement concentrée sur leurs sensations maladives. Enfin, je tiens à démontrer avec quel lin discernement certains malades savent apprécier leur situation et analyser les sensations intimes qu'ils éprouvent.
« Je vais vous faire la description de ma maladie, écrivait le premier » de ces malades à ses parents. Lorsque le choléra a éclaté, j'avais une » bosse froide dans le cerveau ; le miasme cholérique est très irritant, j'ai » eu par conséquent le choléra cérébral. Étant à l'asile, j'ai eu l'intelli- » gence de ce qui m'est arrivé. Mes accès antérieurs ont eu lieu par vio- » lations exercées sur nia personne ; mais le bras de Dieu s'est appesanti » d'une manière effrayante sur ceux qui ne sont pas revenus à lui. Je n'ai » qu'à me louer de la conduite du médecin ; si je me suis mis en colère, » c'est que certains fous m'ont joué de mauvais tours.
» Ce que je conserverai de mon ancienne maladie, c'est que ma pensée, » quand elle est lancée dans une direction quelconque, ne se remet pas » facilement à d'autres choses. Je serai toujours un être très original; je » ne me regarde pas comme absolument guéri, mais je dirai que c'est moi