‹ Traité des maladies mentaleChapitre 265 sur 500 · MANIÈRE DONT LES ALIÉNÉS EXPRIMENT LEURS PENSÉES · texte numérisé non relu

MANIÈRE DONT LES ALIÉNÉS EXPRIMENT LEURS PENSÉES

» seul qui peux être mon médecin. Je ne me considère pas comme un » saint ayant le pouvoir de ressusciter les morts, parce que je ne pourrais » le faire que par l'autorisation de Dieu lui-même qui en donnerait la » mission à de plus parfaits que moi. Je donne ma démission de saint (1 ). » J'ai fait de grandes observations sur l'étiologie féminine ; je pense qu'une » jeune fille ne devrait jamais aller au bal que gantée et vêtue d'un caleçon » imperméable. Je vais me faire recevoir médecin. Je possède Tissot, Des- » lande, Lallemand . Je réclame la liberté médicale, en ce sens que lorsqu'un » étudiant aura logé dans sa mémoire un cours d'hygiène, de prophylaxie, » d'étiologie, de physiologie, il pourra subir un examen sur ces matières. » Je ne m'occuperai de hautes sciences que momentanément. Je ne veux » rien brusquer, mais si dans six ou sept ans mon cerveau se fortifie de » manière à apprendre la géométrie, je le ferai. — Que deviennent mes » parents et mes amis? Car, nous autres savants ou apprentis savants, » à peine avons-nous le temps de nous occuper des douleurs de l'huma- » nité. Nous sommes parfois obligés d'imiter Périclès, au risque de passer « pour des disciples de Zénon, qui prétendait que la douleur n'était pas

» douloureuse Je vais essayer de me faire recevoir académicien

» Oh ! si le hêtre me console, le chêne me rend grave, le tremble me ras- » sure, le bouleau me fait pleurer, le tilleul me fait penser à mon frère » mort si jeune, l'aulne me donne l'expérience, l'épine noire me fait » pleurer sur les plaies de Notre-Seigneur, etc., etc. »

Passons maintenant à la concentration extrême de l'attention chez une aliénée hypochondriaque, qui raconte ses propres sensations. Je fais cet extrait d'un journal que m'a légué cette malade, et qui est le résumé de tout ce qu'éprouvent ces sortes d'aliénés.

« Six septembre 1852, neuf heures du soir. — Ce soir, en me couchant, » douleur aiguë dans les régions sacrées et dans les cuisses. Déchirement » douloureux dans l'oreille gauche et l'oeil du même côté. En m'endor- » mant, je suis dominée par le sentiment de la peur. Je roule dans des » abîmes sans fond, ayant comme un crochet de fer qui relève le crâne » et le cœur.

« Sept septembre 1852, sept heures du matin. — Douleur, lancement » dans les yeux, souffrances aiguës dans les paupières. Pression dans les

(1) Cette idée se rapportait à un ancien délire du malade qui s'était cru, dans sa folie, investi du pouvoir de régénérer les individus en les tuant, puis en les ressuscitant. C'est sous l'influence d'une appréciation délirante de ce genre qu'il a failli immoler sa propre mère. Le spécimen du langage que je cite est celui du jeune malade dont j'ai, dans l'étiologie, décrit la maladie en rapport a^ec la continence forcée, p. 182 [Continence forcée, son influence sur les troubles cérébraux) ;

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