DE LA METHODE SCIENTIFIQUE D'OBSERVATION
vidualités pour ne plus étudier que les types, à n'observer que les caractères communs et à laisser dans l'ombre les caractères individuels. Vous entrerez, en un mot, dans la voie scientifique. » [Leçons cliniques de médecine mentale, p. 7 et 8.)
C'est en nous plaçant sur le terrain des analogies, où nous convie M. Falret, que nous rapprochons par leurs caractères communs cette immense quantité de phénomènes de l'ordre intellectuel et moral particulier à l'aliénation. C'est en suivant cette méthode qu'il nous est possible de rapporter à chaque espèce, à chaque genre, ce qui lui revient en réalité.
11 ne suffit pas de savoir d'une manière générale qu'il existe chez les aliénés des troubles des facultés intellectuelles et affectives, des tendances spéciales à commettre des actes dangereux, immoraux. Mais il importe de connaître que ces faits se reproduisent dans telle variété d'aliénation plutôt que dans telle autre, sous l'influence de tel ou tel motif qui surgit clans un délire plutôt que dans tel autre. La marche quej'ai suivie dans la classification et la coordination des actes dangereux chez les aliénés sera également celle qui me guidera dans l'examen des autres phénomènes qui constituent la folie. En agir autrement, serait tomber dans une des erreurs les plus communes aux personnes du monde qui ne connaissent guère les aliénés que par certains côtés saillants, exagérés ou empreints d'une généralisation trop grande pour être applicables à toutes les variétés d'aliénation.
Elles savent d'une manière vague, indécise, que les aliénés sont incohérents, ridicules, extravagants en leurs idées et en leurs actes, ayant tous plus ou moins des idées fixes, ou se trouvant sous l'influence de passions à objets définis. Elles ignorent que ces malades ne sont guère susceptibles que de mouvements passionnés, et que leurs mœurs, leurs habitudes, leur langage, les sentiments qui les animent, leurs haines, leur jalousie, leur susceptibilité, leur irritabilité, tout, jusqu'aux expressions dont ils se servent, est en rapport avec le genre d'affection dont ils sont atteints. Elles leur prêtent une infinité de défauts ou de vices, et il est bien rare qu'elles leur accordent quelques bonnes qualités.
Les appréciations qui guident les individus étrangers à la médecine i sont invariablement entachées d'exagération. Ils verront souvent l'activité intellectuelle, les éléments de la raison, là ou régnent déjà une grande désorganisation des idées, un commencement de démence. Ils regarderont comme dangereux des individus qui ne sont que turbulents dans leurs actes, et ils se confieront imprudemment à ceux qui, par la nature de leur maladie, méditent des projets de suicide;, et qui souvent