MANIÈRE D'OBSERVER LES ALIÉNÉS
les exécutent au sein de leur famille, malgré les soins dévoués et la surveillance dont ils sont l'objet.
Par les mêmes motifs ils supposeront que tel aliéné est susceptible de I guérison, lorsqu'il est déjà à une phase assez avancée de la paralysie générale, et ils mesureront la gravité du pronostic à l'exubérance des | manifestations délirantes et des actes violents, lorsque c'est précisément l'inverse qui a lieu dans la plupart des circonstances. Ils admettront difficilement que tel ou tel acte dangereux, telle ou telle idée délirante, telle ou telle modification dans les fonctions organiques, soient en rapport avec le genre de la maladie. Us auront peine à croire que ces actes, ces idées, ces modifications organiques sont pour nous des symptômes précieux à l'aide desquels nous établissons le diagnostic et le pronostic. D'un autre côté, enfin, ils ne se douteront pas qu'il n'est acte si insignifiant chez les aliénés qui ne soit motivé, qui ne se rattache chez eux à un sys- 1 tème délirant, indice invariable d'une forme déterminée d'aliénation.
Bien plus grande encore sera la difficulté de faire comprendre aux parents et amis des malades que telle décision à prendre à l'égard de ces derniers leur causera plus de bien que de préjudice; qu'il arrive une phase de la maladie où la cohabitation au sein de la famille irrite les aliénés, exaspère leurs maux, complique la situation, et aggrave le pronostic. Comment espérer vaincre de prime abord cette répugnance presque invincible pour les asiles d'aliénés et les autres milieux où sont traités ces malades? On ignore généralement qu'ils sont tellement absorbés par l'idée de leurs propres maux, qu'ils n'éprouvent aucune sympathie pour les souffrances analogues aux leurs. Soit égoïsme, soit défaut d'appréciation, ils n'admettent aucune comparaison avec les maux qu'ils ressentent. Rien n'est comparable, disent-ils, à ce qu'ils éprouvent, et on les voit souvent dans nos asiles envier la situation de ceux qui sont bien plus malades qu'eux. Ce sont des infortunés qui se méconnaissent, et lorsqu'ils peuvent discerner et comparer, c'est le signal d'un réveil de l'intelliligence, c'est le commencement de la guérison.
Enfin, on se fait difficilement à l'idée que dans les positions les plus désespérées que suscitent le trouble et le désordre des idées, il reste encore à ces malades assez de connaissance différentielle du bien et du mal pour se prêter à l'ordre et à la discipline d'une institution créée dans le but de leur amélioration. L'expérience de tous les jours nous apprend qu'il est possible de faire converger vers un but utile, raisonnable, une foule d'individualités souffrantes qui, dans leur isolement, se livrent aux conséquences naturelles et fatales du délire qui les égare. Que l'on soit bien convaincu aussi que dans l'étude que l'on voudrait entreprendre sur