CIRCULATION. — RESPIRATION. — INDICATIONS SVMPTOMATIQUES
me reste à parler des perturbations que l'on observe dans deux autres grandes fonctions de l'économie chez les aliénés, la circulation et le sommeil.
circulation, respiration. — Depuis les recherches de MM. Leuret et Mitivié sur le pouls des aliénés, un grand nombre d'observations ont été publiées à ce sujet. L'intérêt qui s'y rattache est en rapport non-seulement avec la valeur des indications thérapeutiques que les médecins ont l'habitude de déduire du trouble de la circulation chez leurs malades, mais encore avec l'importancedu diagnosticet du pronostic qu'il s'agitde poser.
A une époque où l'état des fonctions physiologiques chez les aliénés n'était pas aussi bien connu qu'il l'est aujourd'hui, on croyait naturellement que la violence des malades, leurs exacerbations délirantes, étaient en rapport soit avec une activité extraordinaire des fonctions représentant un état fébrile, soit avec la pléthore et avec les symptômes de con-l gestion du cerveau. La saignée devait donc être regardée comme une indication pressante, impérieuse; mais les notions plus précises que nous possédons aujourd'hui nous apprennent combien cette erreur était grave. Nous savons que les périodes les plus violentes de l'agitation chez les aliénés peuvent coïncider avec l'anémie et l'abaissement des globules du | sang. Ce fait nous explique la terminaison si fréquente de la démence chez beaucoup d'aliénés, sous l'influence de saignées exagérées pratiquées à certaines périodes de leur maladie.
Maintenant , quant à ce qui regarde la difficulté de constater les relations du pouls avec les diverses perturbations de l'intelligence et des sentiments, je dois avouer qu'elle est extrême. Cela se conçoit quand on observe de près et sur une vaste échelle la mobilité si grande des impressions chez les personnes nerveuses, et les revirements brusques, instantanés, qui s'opèrent parfois dans leur état. Toutes ces circonstances doivent être prises en considération quand il s'agit de déduire un pronostic des variations que l'on observe dans les fonctions de la circulation, de la respiration et de la ' perspiration; elles expliquent les contradictions apparentes des auteurs. 11 me suffira du témoignage d'un savant qui s'est livré à une étude aussi minutieuse qu'approfondie des fonctions physiologiques chez les aliénés. M. le docteur Jacobi ne se contentait pas seulement de prendre note de la fréquence du pouls des aliénés, mais il tenait un compte exact des variations dans la plénitude, la lenteur, la tension du mouvement circulatoire des malades confiés à ses soins. 11 indiquait en outre les rapports des pulsations des diverses artères entre elles ; il auscultait le cœur, il comptait le nombre des inspirations et expirations. 11 n'est pas jusqu'à l'état de l'iris qui n'ait été examiné par lui dans ses rapports avec la cir-
RAPPORTS DU POULS AVEC L'ÉTAT MENTAL DES ALIÉNÉS. fr55
culation général. « Et cependant, dit ce rigoureux observateur, j'eus le chagrin de voir que mes recherches, si consciencieuses qu'elles fussent, ne remplissaient pas le but que je m'étais proposé. Je vis qu'il m'était impos- | sible de rattacher par des liens nécessaires les divers états pathologiques de l'intelligence et des sentiments aux anomalies de la circulation, de la respiration et de la température de la peau chez les aliénés. »
Les recherches entreprises dans ces derniers temps par M. Earle (American Journal of médical Sciences, avril 1 8UU) offrent des conclusions assez semblables à celles de MM. Leuret et Mitivié. Il a reconnu que le pouls des personnes atteintes d'aliénation aiguë est plus rapide que celui des malades dans la période de folie chronique ; que, règle générale, la circulation est plus active chez les aliénés, dans l'état aigu ou chronique, que chez les individus jouissant d'une raison parfaite; que la loi d'après laquelle la fréquence diminue en raison de l'âge n'existe point chez les aliénés.
M. Lisle a étudié cette fréquence dans la paralysie générale, et il a observé des variations assez grandes et en rapport avec les périodes de cette maladie. Quoi qu'il en soit, la dénomination assez contestable néanmoins de délire sans fièvre, qui, dans la haute antiquité, a été donnée à la folie, indique que l'élévation du pouls est bien loin d'être en rapport, clans la généralité des cas, avec la violence des exacerbations.
On a souvent lieu d'être étonné de la dépression et de la faiblesse du pouls chez quelques aliénés furieux; mais c'est dans la période de dépression mélancolique surtout, dans le collapsus ou la stupeur, comme l'observe judicieusement M. le docteur Guillaud , que les désordres du pouls paraissent singuliers. L'auteur, et je suis parfaitement de son avis, ne sait pas s'il existe aucune maladie où il soit donné de constater un pouls aussi lent, aussi petit, aussi faible, que dans cet état d'affaissement observé chez certains aliénés. On le trouve tellement filiforme chez eux, qu'on a de la peine à en percevoir les pulsations. Il est si lent, que M. Guillaud a vu des cas où il ne présentait pas plus de 25 à 30 pulsations par minute, alors que chez le même individu, mais dans la période d'agitation, les battements artériels s'élevaient jusqu'à 100 et 120 par minute. La phase de tranquillité ramène les choses à leur état presque normal. (Des périodes et du rôle du pouls dans l'aliénation mentale, par M. le docteur Guillaud, interne de l'asile d'Auxerre. Thèse, Paris, 1858.)
Les recherches sur le nombre relatif des pulsations chez les aliénés, selon la nature de leur affection, ont cependant permis de constater et d'expliquer un fait qui n'est ptts sans intérêt pour la physiologie et la pathologie du système nerveux. 11 s'agit de certaines variations anormales
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dans l'intensité des pulsations d'artères différentes, telles que seraient, par exemple, les artères radiale et carotidienne. Le même phénomène se remarque dans l'examen comparatif de l'aorte ascendante et de l'aorte descendante. Les pulsations de cette dernière [pulsations abdominales de Jacobi) sont parfois très intenses et permanentes, tandis que la même chose ne se remarque pas dans l'aorte ascendante. Ces variations ont porté quelques médecins, MM. Barrow et Albert entre autres, à conclure qu'il y avait défaut d'isocbronisme dans les pulsations des artères, tandis que la différence, ainsi que le constate judicieusement M. Jacobi, porte plutôt sur la qualité du pouls que sur sa plus ou moins grande fréquence.
Un tel fait serait d'ailleurs en opposition avec toutes les lois de la circulation, si bien étudiée aujourd'hui. Les connaissances expérimentales acquises sur la circulation permettent de donner raison de ces prétendra défauts d'isocbronisme dans les pulsations artérielles. M. le docteur Cl. Bernard m'a communiqué à ce propos, il y a longtemps déjà, des remarques que j'ai publiées dans mes Etudes cliniques et que je me fais un plaisir de reproduire. « 11 peut arriver quelquefois, m'écrivait cet éminent physiologiste, que les contractions du ventricule n'aient pas toutes la même énergie, si bien qu'il en résulte un mélange dans des proportions variai bles de contractions alternativement fortes et faibles. Cbaque contraction, quand elle est entière et forte, devient perceptible dans toute l'étendue du système artériel, tandis que les pulsations incomplètes ou trop faibles ne sont évidentes que dans les artères plus rapprochées du cœur, comme les carotides, par exemple, et ne sont plus appréciables au doigt dans les artères plus éloignées, comme la radiale ou la crurale. Cbez les animaux soumis aux expériences, ces irrégularités, dans l'intensité de la contraction ventriculaire, sont souvent très faciles à observer. Si l'on applique alors un manomètre à une artère un peu éloignée du cœur, l'ascension du mercure indique clairement qu'il y a deux espèces de pulsations, les unes faibles, les autres fortes, et cependant le doigt, appliqué sur l'artère, ne perçoit pas ou perçoit à peine celles qui sont faibles. »
Quelques mots sur la température de la peau et sur la respiration compléteront ce que j'ai à dire sur les phénomènes généraux de la circulation. La température de la peau, chez les aliénés, peut être indépendante du mouvement circulatoire, et se rapporter à des lésions internes, phthisie, pneumonie et autres affections souvent méconnues chez les aliénés, au milieu de leur agitation, de leurs cris, ou sous l'influence de la torpeur, de l'indifférence et de l'insensibilité que déterminent les conditions pathologiques du système nerveux chez ces malades. J'ai observé de singulières anomalies de la température de la peau dans quelques cas de