‹ Traité des maladies mentaleChapitre 274 sur 500 · TEMPÉRATURE DE LA PËAJJ.— OU SOMMEIL CHEZ [.ES ALIÉNÉS · texte numérisé non relu

TEMPÉRATURE DE LA PËAJJ.— OU SOMMEIL CHEZ [.ES ALIÉNÉS

mélancolie avec stupeur. Une malade de notre asile nous présente le phénomène suivant : la moitié de son corps est quelquefois brûlante, tandis que l'autre moitié est froide. Il est vrai de dire que la partie dont la température est plus élevée présente une rougeur très grande. La malade prétend qu'elle brûle.

M. Jacobi a trouvé quelquefois des différences très grandes dans les rapports de la respiration avec le nombre des pulsations artérielles. Assez généralement, les irrégularités dans le rhythme respiratoire étaient en rapport avec les mêmes irrégularités dans les pulsations des artères Dans 12 cas, cbez des malades agités, il n'y a pas eu au delà de 18 inspirations à la minute; 10 fois elles variaient de 18 à 23 ; 9 fois, de 2U à 30. On conçoit qu'il y ait une différence entre les inspirations chez les malades agités et chez ceux qui sont dans la période de dépression et de stupeur. Chez ces derniers, les inspirations et expirations sont à peine perceptibles. Sous l'influence des terreurs qui les assiègent, la respiration est incomplète chez quelques-uns, et l'auscultation devient cbose difficile dans les cas de maladie intercurrente. On conçoit ce qu'une pareille situation doit amener de troubles dans les fonctions de l'hématose.

Du sommeil cher, les aliénés. — Le sommeil est une des fonctions qui, chez ces malades, subit les variations les plus grandes. C'est surtout dans la période d'incubation de la folie que l'absence de sommeil se présente comme un symptôme important et dont il faut tenir compte dans le diagnostic et le pronostic de cette affection. Lorsque j'interroge les parents sur les phénomènes initiaux de l'affection de leurs proches, ils ne manquent jamais de me citer la privation de sommeil comme une des plus grandes souffrances que les malades aient eu à endurer. On se lait difficilement une idée de la ténacité de l'insomnie dans la période initiale de la folie. L'absence d'une fonction aussi éminemment réparatrice accroît les conditions d'irritabilité dans lesquelles se trouvent généralement les aliénés, et il arrive le plus ordinairement que, dans l'accès confirmé, le sommeil est de plus en plus agité.

Beaucoup de malades, avant de devenir complètement aliénés, ont des rêves effrayants et comme la conscience qu'ils vont perdre la raison ; ils émettent souvent ce triste pronostic, et leur anxiété est très grande. Ils se réveillent en sursaut, passent la plus grande partie des nuits à se promener, se plaignant d'éprouver des céphalalgies intolérables. Quelques-uns redoutent presque de s'endormir, tant leurs rêves sont remplis d'apparitions effrayantes.

Dans un livre attribué à Hippocrate (ni$ svu7rvicov), on trouve, à propos de la symptomatologie du rêve, des indications qui ne sont pas sans in-

658 DU SOMMEIL, DES RÊVES. — INDICATIONS SYMPTOMATIQt'ES.

térêt. Peut-être est-il vrai de dire que de nos jours la science moderne a trop négligé cet élément de diagnostic et de pronostic. Entre autres pronostications, on y voit que les rêves animés et bruyants sont, pour lepèr.e de la médecine, l'indice d'un état d'excitation du système nerveux. Les rêves tranquilles, doux, annoncent une crise favorable dans les fièvres nerveuses. Les rêves effrayants indiquent un transport du sang au cerveau. Si l'on voit dans ses rêves des figures grimaçantes et affreuses, on est menacé d'une maladie intestinale ou d'une affection du foie. Les maladies des organes internes rappellent en rêve des sensations pénibles qui se rapportent aux parties affectées. L'apoplexie est précédée de rêves où l'on se croit exposé à périr.... Le cauchemar (incubus, e^jaXfïjç) annonce la concentration du sang dans les grandes cavités de la poitrine....

Je rappelle ces principaux pronostics, parce que le sujet ordinaire des plaintes, chez les individus destinés à devenir aliénés, se rapporte à des sensations de ce genre. Quant à ce qui regarde le sommeil complet chez les aliénés, il est rarement observé, excepté dans la démence confirmée et dans l'état de mélancolie avec stupeur ; même, dans leur convalescence, les malades se plaignent souvent de ne pouvoir dormir. Dans tous les cas, leur sommeil est fréquemment interrompu.

<( Le sommeil complet, dit Fodéré dans son excellent Traité du délire (t. I, p. 512), est autant le repos des sens internes que des sens externes, et le seul qui délasse complètement. Le sommeil incomplet est le repos de l'un de ces deux ordres de sens, et la veille de l'autre : il délasse beaucoup moins, mais il soulage plus la nature que le sommeil entier, et je connais beaucoup de gens qui n'en ont point d'autre. Or, lorsqu'on dit (pie les fous ne dorment pas, peut-être est-il mieux de dire qu'ils rêvassent toujours, excepté dans leurs intervalles lucides. L'état d'abstraction dans lequel ils vivent permet peu d'exercice aux sens externes, ce qui fait qu'il y a assez souvent une moitié d'eux-mêmes qui repose, et la nature s'accoutume assez à cet état, tellement qu'après avoir beaucoup maigri, le maniaque reprend un certain embonpoint, quoiqu'il dorme rarement tout à fait. »

Le sommeil de ces aliénés est peu réparateur; il n'indique un pronostic favorable que lorsque la continuité du sommeil coïncide avec une diminution dans l'amaigrissement général. Les mélancoliques se plaignent souvent de ne pouvoir pas dormir, et quelques-uns dorment parfaitement. J'ai vu des malades qui, après une nuit excellente, se réveillaient la tète lourde et embarrassée, et éprouvaient un redoublement dans leur délire. L'état de demi-somnolence, le réveil fréquent pendant le sommeil, semblent interrompre la stase trop longtemps prolongée du sang veineux

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