MÉLANCOLIE.— MANIE.— DÉLIRE PARTIEL
sens, et la dégradation extrême avec obtusion complète de l'esprit et une existence semblable à celle des brutes, il y a évidemment une différence dans le degré de la maladie, ainsi que cela se voit dans l'état décrit sous le nom de stupidité par les modernes.
Mais ces différences étaient bien plus tranchées encore lorsqu'il s'agissait de spécifier les modes divers du délire maniaque, et de rattacher ces modes à un type fondamental ; on peut juger delà difficulté par la description textuelle de la manie et de ses différentes manifestations par l'auteur ancien que nous avons déjà cité : nous attachons une importance extrême à cette description, d'où nous pouvons immédiatement déduire, et les éléments de classification des anciens, et les existences des formes délirantes qui prédominaient dans leur civilisation. Nous y puisons pour nous-mêmes cet enseignement précieux : que si la folie peut être ramenée à quelques types fondamentaux , il existe néanmoins des variétés qui doivent être distinguées les unes des autres, par la raison bien simple qu'elles sont l'expression de lésions symptomâtiques différentes, et quant au siège, et quant au degré de gravité de ces lésions.
g III. — Description de ia manie. Délires partiels. Prédominance de certaines
idées délirantes.
(( Les malades, dit Àrétée, dont le délire est gai, rient, jouent, dansent jour et nuit, et n'essayent de faire aucun mal à aucun de ceux qui les rencontrent. D'autres, au contraire, plongés dans un délire furieux, déchirent leurs vêtements, sont disposés à tuer leurs surveillants, à maltraiter tous ceux qui se trouvent devant eux, et à diriger leurs coups contre eux-mêmes.
» Quelques-uns acquièrent une facilité et une concentration d'esprit telles, que des souvenirs qui n'étaient qu'imparfaits chez eux se réveillent tout à coup avec la plus grande lucidité; ils savent l'astronomie et la philosophie sans paraître les avoir apprises, tant il est vrai qu'une bonne éducation manifeste son influence presque dans l'état de maladie. Des hommes habitués au travail physique peuvent dans cette situation porter des poids énormes : on en voit se livrer assidûment à des occupations manuelles, à la poterie, à tout autre travail , à la ciselure des pierres. Quelques-uns ont en tête certaines idées merveilleuses qu'on ne peut leur ôter. L'un s'imagine être une bouteille d'huile dont il craint à chaque instant la chute; un autre, se croyant une motte de terre, refuse de boire, peur de se ramollir. Certains lieux exercent beaucoup d'influence sur l'état des malades. Un charpentier était un habile ouvrier tant qu'il était chez lui ; il mesurait très bien son bois, le tail-