IU ALIÉNATION DANS L ANTIQUITÉ. — AKÉTEE , ETC
lait, l'aplanissait, l'assemblait parfaitement, traitait tort raisonnablement de ses ouvrages et de leur prix avec les architectes, enfin avait toute son intelligence tant qu'il restait sur le lieu et clans le cercle de ses occupations. Mais s'il allait sur la place publique ou au bain, ou dans quelque autre lieu, il soupirait d'abord profondément en disposant les instruments de son état; puis en sortant rapprochait ses épaules avec une sorte de frissonnement , et enfin commençait à déraisonner et à éprouver des transports d'une agitation plus ou moins vive lorsqu'il avait perdu de vue son atelier et ses ouvriers. S'il y retournait vivement, il revenait à lui avec la même promptitude, tant il y avait de connexion et de sorte de parenté entre l'esprit de cet homme et le lieu où il s'exerçait d'une certaine manière.
» Les maniaques voient bien les objets, mais ne sentent pas leur impression d'une manière régulière ; ils entendent promptement, mais comprennent avec une lenteur extrême ; chez quelques-uns il y a des erreurs des sens plus ou moins remarquables. Un bruit particulier, un bourdonnement continuel frappera leurs oreilles. Ils penseront entendre sans relâche un concert de flûtes et de trompettes. Ces hallucinations ont lieu à un degré assez avancé de la maladie. Très avides d'aliments, ils sont anxieux et comme gonflés après leurs repas. Si leur état s'aggrave, des nuages bleuâtres ou noirs les poursuivent lorsqu'ils sont en proie à la mélancolie, rouges au contraire et couleur de pourpre s'ils sont furieux ; leurs regards sont frappés d'un feu qui a la vivacité de la foudre; ils sont menacés de ses éclats; quelques-uns ont les yeux rouges et comme pleins de sang. Au plus haut degré de leur maladie, ils sont tourmentés par différentes visions pendant leur repos, et poursuivis par un désir immodéré des plaisirs vénériens. Ils ont secoué toute; pudeur, ils n'éprouvent aucune honte à satisfaire en public leurs besoins les plus dégoûtants. Ils sont incapables de tout entretien; si on les réprimande, ils s'arrêtent et entrent même en fureur. Quelques-uns franchissent à la course un espace considérable, et ne suivant aucune direction , retournent avec la même rapidité au lieu d'où ils étaient partis, ou bien accompagnent pendant longtemps ceux qu'ils ont rencontrés. D'autres vocifèrent en se plaignant d'un vol ou d'une violence quelconque. Ou en voit à une époque avancée de leur mal en avoir la conscience et s'attrister de leur misère et de leur calamité. Cet état offre aussi parfois une autre forme : les malades déchirent leurs propres membres par esprit de religion , et pour en faire une sorte d'hommage aux dieux qui leur demandent et; sacrifice. Ce genre de délire est la conséquence d'une conviction profonde, et laisse parfois ceux qu'il tourmente gais, malgré les