PÉRIODE DE DÉVELOPPEMENT. 1 — MANIE (EXCITATION
ne sont pas moins saillantes. Les idées de crainte et l'anxiété qui assaille ces malheureux peuvent aller jusqu'à l'annihilation complète des forces de lame, elles déterminent alors un état que l'on désigne sous le nom de stupeur ou stupidité. Et puis il existe, au point de vue des facultés affectives, un phénomène qui ne permet pas de confondre cette situation avec l'état d'apathie, de torpeur et parfois même d'insensibilité que l'on rencontre dans quelques maladies : c'est la lésion des sentiments, ce sont les manifestations d'injustes soupçons d'abord , de défiance des malades contre les leurs, et, ultérieurement, d'une haine motivée par la nature du délire. C'est dans cette période confirmée que se commettent ces actes déplorables de suicide et d'homicide dont j'ai déjà donné plusieurs exemples, en démontrant à quel point les aliénés sont dominés par les hallucinations et par les idées insensées que font naître chez eux les états névropathiques qui les tourmentent. C'est dans cette même situation que se systématise le délire des persécutions, et que ces malheureux se présentent a l'observation, si différents de ce qu'ils étaient autrefois.
Esquirol fait remarquer avec raison que le mot mélancolie, même dans l'acception des anciens, offre souvent à l'esprit une idée fausse, car la mélancolie ne dépend pas toujours de la bile, quoiqu'il soit impossible de nier les perturbations qui, à cette période, existent dans les fonctions sécrétantes. C'est au mot mélancolie que l'illustre médecin français a proposé de substituer le mot lypémanie , universellement accepté aujourd'hui pour exprimer cet état de douloureuse concentration des forces de l'âme. que l'on observe dans le début de toutes les folies.
Manie (fjwwî'a, mania ; période d'excitation) (1). — L'état de dépression, inséparable de V élément douleur, finit par amener ses conséquences natu-
(1) On n'est pas d'accord sur la véritable signification du mot manie. La racine la plus probable, [i.aîvcu.at, désignerait-elle cet état de fureur propre à quelques malades dans cette période d'excitation? Esquirol pense que le mot manie dérive du mot p/riv/i, luna, lune, dont les Grecs firent maniaques, frappés de la lune, et les Latins, lunatiques. Cette dénomination est conservée en Angleterre et en France dans le langage vulgaire, et n'a pas un sens plus scientifique que le mot mélancolie. Le rôle important que jouent la manie et la mélancolie dans les classifications modernes a fait que la langue de chaque peuple a désigné ces situations par les mots qui expriment avec le plus de vérité les stades d'excitation et de dépression que l'on observe chez ces malades. La manie (fureur, au point de vue du Code) est la pazsia des Italiens, le Wulh, Tollheit, Tobsucht des Allemands, le madness des Anglais. Les Allemands désignent la lypémanie sous les noms de Tfubsinn, Tiefsinn, Schwermuth, et les Anglais sous la dénomination de sadness. Les mots hyperphrénie (de Emèp, au-dessus, outre, et tpcw, esprit) et lupérophrénie (de Xinrspo;, triste) ont été employés par M. Guislain pour désigner l'état de dépression et d'excitation (la lypémanie et la manie).