‹ Traité des maladies mentaleChapitre 283 sur 500 · U12 PHÉNOMÈNES DE LA PÉRIODE DE DÉPRESSION · texte numérisé non relu

U12 PHÉNOMÈNES DE LA PÉRIODE DE DÉPRESSION

relies ; je me contenterai, en ce moment, de les résumer par le mot réac- s tion. Dépression, excitation, en d'autres termes, action et réaction, tels sont i 1 les phénomènes qui constituent la folie dans sa marche et dans son déve- à loppement. Si divers auteurs ont assigné au début de quelques folies les caractères de l'excitation et les manifestations des sentiments expansifs, | 1(1 c'est qu'ils ont oublié que le stade de concentration douloureuse peut être » plus ou moins prolongé selon les variétés de folie. Ces différences seront signalées dans la description des formes paralytique, hystérique, épilepti- r que, hypochondriaque et autres. Je n'ai intention, en ce moment, que de préciser les phénomènes pathologiques que l'on observe dans la période t d'excitation qui, ainsi que je l'ai déjà fait remarquer, représente le stade I i de la fièvre avec expansion, épanouissement, teinte colorée de la face, k chaleur, agitation, anxiété, soif ardente, développement du pouls, etc.. ni Nous avons vu d'ailleurs dans l'étude des fonctions physiologiques {cir- a calât ion, respiration, p. 45Zi), que dans cette période le pouls donne des indications symptomatiques qui prouvent suffisamment que la folie n'est pas, dans le sens absolu du mot, un délire sans fièvre. Toutefois, pour ne pas être accusé de forcer les analogies, j'emprunte à Esquirol sa description de Y état maniaque.

« La face des maniaques est colorée, vultueuse ou pâle, elle est crispée; j les che veux sont hérissés ; les yeux sont injectés, brillants et hagards ; ces malades fuient la lumière et ont horreur de certaines couleurs. Ils ont des bourdonnements et des tintements d'oreilles ; les oreilles sont quelquefois très rouges; le plus léger bruit les excite. Les monomaniaques ont de la céphalalgie, de la chaleur dans l'intérieur du crâne; ils ont de l'anorexie ou un appétit vorace. Consumés par une chaleur interne, ils sont tourmentés par une soif ardente pour les boissons froides ; ils ont des ardeurs d'entrailles, de la constipation, de l'insomnie ; s'ils dorment, des rêves effrayants troublent leur sommeil ou ils sont réveillés en sursaut. Les maniaques sont remarquables par les fausses sensations, par les illusions et les hallucinations, par la vicieuse association de leurs idées, se reproduisant sans liaison entre elles avec une rapidité extrême,' par les erreurs de leur jugement, par la perturbation de leurs affections, et enfij? par l'emportement de leur volonté. Ces malades ont une très grande excitation nerveuse, leur délire est général ; toutes les facultés de l'en* tendemeht sont exaltées ou bouleversées ; tout ce qui fait sur eux impression au physique comme au moral, même les vains produits de leur imagination, les excite et devient le sujet du délire. » (De la manie, t. Il, p. 132.)

Tels sont incontestablement les principaux phénomènes de cette période

PHÉNOMÈNES DE LA PÉRIODE D'EXCITATION (FUREUR). /l73

d'exaltation dont les caractères variés ont été décrits dans la symptomatologie à propos de l'attitude, de la physionomie, de la force physique des aliénés et de tout ce qui a trait à Y ' hyper esthésie et à Yanesthésie, aux illusions, hallucinations, aux désordres nombreux des fonctions intellectuelles et physiologiques et aux autres symptômes importants de la folie ; je n'ai donc pas à y revenir. Je me contenterai seulement de faire une réflexion. Il est assez commun dans le monde non médical, de croire l'état de manie invariablement uni aux exacerbations furieuses qui compliquent plutôt la situation qu'elles n'en constituent l'élément essentiel.

Esquirol a très bien fait de distinguer la fureur de l'état d'excitation et d'irritabilité qui caractérise l'état maniaque, et qui correspond au stade fébrile dans les maladies ordinaires, encore même qu'il ne soit pas toujours possible, ainsi que nous avons vu, de constater une fréquence plus grande dans le nombre des pulsations. D'un autre côté, la fureur peut aussi bien être amenée, dans la folie, par des traitements intempestifs, irrationnels, barbares, ainsi que la chose avait souvent lieu dans les temps passés, que par des causes spéciales, par certaines complications pathologiques qui peuvent surgir dans la situation. « La fureur, dit Esquirol, est un accident, un symptôme ; c'est, d'après son expression pittoresque, la colère du délire. Elle a été, ajoute-t-il, confondue avec la manie par les anciens et par plusieurs modernes, de même qu'on a confondu avec l'hydrophobie, la rage, qui est un degré extrême de fureur. La manie consiste dans un délire chronique général sans fièvre, avec exaltation de la sensibilité et des forces motrices. Tous les maniaques ne sont pas furieux, comme tous les hydrophobes ne sont pas enragés ; mais la fureur éclate dans toutes les aliénations mentales, même dans la démence ; elle éclate dans plusieurs maladies qu'on ne peut confondre avec la manie, telles que les méningites, l'hystérie , l'hydrophobie ; elle éclate dans l'ivresse, après l'usage de certains poisons... . Donc la fureur est un symptôme très distinct de la manie. Elle peut bien appartenir à une variété de la manie, mais non lui fournir un caractère spécifique, puisqu'on l'observe dans plusieurs variétés de monomanie, de lypémanie, de démence, à' idiotie. » [De la fureur, t. I, p. 226.)

De l'alternance dans les symptômes principaux qui constituent la

folié (périodes d'intermittence, de rémittence). — L'alternance entre les symptômes, l'intermittence, la rémittence de ces symptômes ; le retour périodique de certains phénomènes maladifs de la phase initiale, phénomènes qui prennent une consistance plus grande, un caractère plus tranché à mesure que la maladie marche et se développe, voilà les éléments pathologiques essentiels des affections nerveuses en général, et de la folie en

lilk PÉRIODES ALTERNANTES, INTERMITTENTES, RÉMITTENTES.

particulier. Dès la plus haute antiquité, les médecins avaient observé que l'aliéné ne restait pas invariablement plongé dans la mélancolie, et que cette période de dépression alternait avec une période d'excitation. Avétée se demande, à ce propos, si la mélancolie ne serait pas le commencement de la manie, une des parties constitutives, pour ainsi dire, de cette vésanie {p&àfa o.^n ™i fc'po;). Pinel parle d'accès de mélancolie qui dégénèrent en manie. Esquirol dit : « La rémission, dans quelques cas, n'est que le passage d'une forme de délire à une autre forme : ainsi un aliéné passe trois mois dans la lypémanie, les trois mois suivants dans la manie ; enfin, quatre mois, plus ou moins, dans la démence, tantôt d'une manière régulière, tantôt d'une manière irrégulière. » (Tome I, p 78). Le même auteur affirme que la folie se transforme, en quelque sorte, et que les diverses formes de délire se remplacent, se succèdent. Nous devons ajouter, dit-il encore, qu'elle se complique pour faire des composés binaires, ternaires. [Ibid., p. 80.)

Toutes ces propositions reposent sur un fait d'observation incontestable; néanmoins ce fait a lui-même besoin d'explications, et il s'agit, en l'interprétant au point de vue d'une saine pathologie, de le rattacher à sa véritable origine, sous peine d'amener la plus déplorable confusion dans les éléments de la classification. Avant tout, il importe de maintenir le fait dans ses limites naturelles ; aussi me sera-t-il impossible d'admettre avec Esquirol qu'il n'est pas rare de voir la manie alterner avec la jj/tt/tisie pulmonaire. Tout au plus est-il juste de dire que la marche d'une affection interne, telle que la phthisie, peut être modifiée, enrayée même dans son développement, par l'intervention d'une maladie nerveuse qui dispose à son profit de toutes les forces de l'organisme; mais il est impossible d'admettre que deux variétés de maladies, essentiellement différentes, puissent alterner entre elles. Je reviens au fait d'alternance proprement dite dans l'évolution des symptômes qui caractérisent la marche et le développement des maladies mentales, et je rattacherai à ce phénomène l'idée que l'on doit se faire de l'intermittence et de la rémittence dans la folie.

L'état de dépression et d'excitation nous fournit un exemple remarquable de la loi d'alternance dans l'évolution des maladies nerveuses. Tristesse et contentement excessif, douleur et sentiment d'un bien-être très vivement senti ; indillérence, torpeur, apathie, puis manifestation très vive de toutes les forces intellectuelles, physiques et morales ; état de calme et de sédation, ultérieurement irritabilité très grande, excitation, liyperesthésie ; absorption primitive de toutes les forces intellectuelles par suite de la concentration douloureuse de l'idée sur un point fixe; inditie-

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