PÉRIODES ALTERNANTES, INTERMITTENTES, RÉMITTENTES
duire dans les folies épileptique et hystérique, variétés dont les manifes- i tations maladives fondamentales se rattachent d'une manière si intime à la périodicité. Je signalerai, à propos de l'épilepsie, un fait qui me parait avoir été omis dans rémunération des symptômes propres à la folie épileptique, et qui est de nature à nous faire mieux apprécier la valeur de certaines intermittences au point de vue du diagnostic et du pronostic.
J'avais remarqué depuis longtemps une certaine classe de malades dont les accès d'agitation, franchement caractérisés et constituant l'état maniaque, dans l'acception la plus rigoureuse de ce mot, alternaient avec des périodes de rémission si parfaites et si prolongées, qu'il ne pouvait entrer aucun doute dans mon esprit sur la guérison de ces aliénés. Ce n'est qu'après de nombreuses et pénibles déceptions que j'ai dû forcément porter une attention plus grande à la marche et au développement de l'affection mentale chez ces sortes de malades. Ce qui me frappait surtout, c'était l'invasion brusque des mêmes phénomènes maladifs après des rémissions qui variaient depuis quelques mois à des années. Les parents, que j'avais scrupuleusement interrogés, ne pouvaient me signaler aucun symptôme prodromique La veille de l'invasion de l'accès, les malades vaquaient à leurs occupations ordinaires et ne se plaignaient de rien. Seulement, on remarquait une activité plus grande dans leurs mouvements et une excitabilité spéciale. Et puis, soudainement, l'accès éclatait avec les circonstances qui caractérisaientles accès antérieurs : violence extrême du délire, manifestation d'actes dangereux, mêmes impulsions irrésistibles; au point que, dans quelques circonstances, il est résulté de cette situation les accidents les plus déplorables, et que j'ai eu d'amers regrets d'avoir autorisé la sortie de ces aliénés.
Soumis de nouveau à mon observation, ces malades, après une période d'agitation égale en durée à celle qui avait précédé, revenaient soudainement à la raison, et se présentaient dans des conditions absolument semblables à celles qui avaient motivé une première sortie. Mais l'expérience m'avait rendu prudent, et la révélation d'un phénomène qui était resté à l'état larvé m'a permis de classer ces individus dans la catégorie à laquelle ils appartiennent en réalité. Jusque-là ils avaient bien offert, dans leurs idées et dans leurs actes, les caractères propres à la variété des aliènes épileptiques , mais ils pouvaient, jusqu'à un certain point, me laisser indécis sur la nature intime de l'affection dont ils étaient atteints. Toutefois le doute n'était plus possible, lorsqu'il me fut donné, après plusieurs rechutes et après une série de phénomènes d'alternance, de périodicité et d'intermittence semblables à ceux que j'ai décrits, d'assister à des accès formidables d epilepsie. La maladie était donc définitivement jugée, moins
LEURS RAPPORTS AVEC LE DÉBUT, LA MARCHE ET LA fc'ORME DE LA FOLIE. liM
la manifestation des attaques convulsives ; peut-être quelques-uns tombaient-ils la nuit sans que le phénomène ait été remarqué.
Au reste, les faits de ce genre que j'ai recueillis sont maintenant si nombreux et les caractères de cette folie périodique tellement tranchés, qu'après avoir été longtemps tenté d'en faire une espèce à part, je ne puis, pour être conséquent avec ma propre méthode de classification, que rattacher ces faits à leur véritable origine, et classer les malades qui nous les présentent dans la variété des aliénés épileptiques. Il n'est pas nécessaire pour moi que les accès soient confirmés ; mon attention a été trop vivement attirée sur les phénomènes maladifs de cette situation, pour qu'il me soit permis désormais de me tromper à propos du diagnostic et du pronostic.
Maintenant, en dehors des variétés spéciales d'aliénation dans lesquelles l'alternance, la périodicité, l'intermittence, la rémittence, forment les éléments constitutifs de la marche, du développement et de la terminaison de ces affections, il est juste de signaler les rapports dans lesquels se trouvent ces phénomènes avec des lésions ou des maladies spéciales de l'organisme, ou bien encore avec des influences extérieures qui dominent la situation des aliénés. Voici, sous ce rapport, les coïncidences que j'ai observées.
J'ai vu les exacerbations des aliénés renaître dans les circonstances de l'apparition ou de la rétrocession d'un exanthème chronique. Chez d'autres, le trouble périodique des facultés coïncidait avec le retour d'un asthme, d'une maladie du cœur, avec la cessation d'un exutoire naturel ou artificiel, avec un dérangement spécial des fonctions digestives, l'invasion d'une maladie accidentelle ou le progrès d'une affection coexistante, phthisie, ramollissement cérébral, ou telle autre lésion organique. Il est, en outre, des tempéraments tellement impressionnables, que le moindre changement dans les habitudes et dans le régime, les moindres excès même suffisent pour replacer le système nerveux dans des conditions où l'on voit réapparaître tout le cortège des phénomènes maladifs qui constituent l'état de folie de certains malades.
Enfin, on peut dire, sans crainte d'être taxé d'exagération, tant est vive l'impressionnabilité des malades, que la périodicité dans les manifestations délirantes des aliénés est en rapport avec les influences extérieures auxquelles sont soumis tous les êtres organisés. « Il est, dit Esquirol, des maniaques qui ne sont agités, violents, emportés, qu'à certaines époques flu jour, qu'à certain jour, que dans certaine saison, tandis que leur délire est calme et paisible pendant le reste du temps. Il en est dont la lypémanie ne devient plus profonde, plus accablante, qu'à des intervalles