DE LA PARALYSIE GÉNÉRALE CUEZ LES ANCIENS
douleurs qu'ils se font, exempts de tout souci, et comme affiliés aux. divinités ; leur imagination ardente et mystique est facilement impressionnée par la musique, pav tout autre moyen de récréation, par l'ivresse, par les exhortations. Ces malades sont en général maigres, décolorés et affaiblis par le mal qu'ils se sont fait ou qu'ils cherchent à se faire (1). »
On pourra se demander maintenant : Les anciens avaient-ils connaissance de certaines affections cérébrales particulières, de la paralysie générale des modernes, par exemple, et du délire aigu? Nous répondrons à cela que des commentateurs ont trouvé dans quelques aphorismes des anciens les symptômes de la paralysie générale. Dans diverses parties de ses œuvres, le père de la médecine parle de crampes, de convulsions et de grincements de dents comme accompagnant des états de délire; mais des recherches approfondies sur ce sujet ne nous amèneraient évidemment à aucun résultat dont la science actuelle pût profiter. Ce qui est certain, incontestable, c'est qu'ils établissaient une différence entre le délire chronique sans fièvre et cet état que les modernes ont désigné sous le nom de délire aigu. Dans la description de cette forme, ils semblent faire allusion à différents délires qui éclatent dans les affections cérébrales ; car, ainsi que nous l'avons déjà dit, ils ne faisaient pas de l'aliénation mentale une entité pathologique spéciale sans rapport aucun avec toutes les modifications fonctionnelles que subit le cerveau sous l'influence des maladies qui peuvent frapper cet organe.
Dans la description du coma, du carus, de la léthargie, Soranus mentionne dans chacun de ces états « l'hébétude des sens, la lenteur extrême ou l'absence même des réponses ; la difficulté qu'on éprouve h obtenir du malade qu'il montre sa langue ou qu'il la retire après l'avoir montrée ; l'immobilité qu'il conserve lorsqu'on lui a donné une position , le tremblement de ses membres et de sa langue ; l'oubli de demander l'urinoir, ou de s'en servir lorsqu'il l'a reçu... Dans un état plus avancé, on remarque la respiration stertoreuse, ou la lenteur extrême de cette fonction , le gémissement qui l'accompagne de temps en temps ; la semiocclusion des yeux , le serrement des dents ou la chute de la mâchoire inférieure, le tressaillement des lèvres, la lividité des ongles, l'état misérable du pouls, la rétraction des membres, les convulsions, les sueurs froides et visqueuses au visage et au cou , enfin l'écoulement involontaire de l'urine et des matières fécales (2). »
11 est possible, en forçant les analogies, de trouver dans d'autres descriptions des anciens des symptômes propres à la paralysie générale des
(1) Trélal, Recherches historiques sur la folie, ouvr. cite. — (2) Ibid., p« 21.
16 ALIÉNATION DANS l'aNTIUUITÉ. — C.EL10S AURELIANUS.
modernes ; mais encore une fois cette étude n'aurait aucun résultat. Ce qui est plus important à établir, au point de vue du pronostic surtout, ce sont les manifestations différentes du délire chronique et du délire aigu. Le passage suivant de Cfelius Aurelianus peut nous aider à comprendre ce que les anciens entendaient par frénésie.
Nous avons déjà vu que cet auteur définissait cette maladie : Troubk aigu des facultés intellectuelles avec fièvre ardente, pouls petit et fréquent, carphologic et crocidisme. 11 fait une différence essentielle entre la frénésie et l'aliénation.
« Dans la frénésie, dit-il, il y a toujours fièvre : le malade rit tout bas ou par éclats, chante, murmure, pousse les cris d'un enfant, ou, agité par une fureur non interrompue, se laisse difficilement contenir ; s'indigne contre ceux qui l'entourent, se frappe, déchire ses vêtements, ou bien veut se cacher par frayeur ; pleure, ne répond pas à ceux qui lui parlent , tandis qu'il entretient conversation avec des êtres imaginaires, comme s'il les voyait, souvent même avec ceux qui n'existent plus. Il se précipite sur les aliments et les boissons, les avale rapidement, ou les rejette après les avoir gardés quelque temps dans sa bouche. Ses yeux sont fixes, brillants, largement ouverts, sans aucun mouvement des paupières ou bien agités d'un clignotement continuel.... On le voit avancer fréquemment les mains au-devant de ses yeux comme pour prendre ou repousser quelque chose qui voltigerait près de lui. Ses joues sont tantôt colorées et tantôt pâles ; ses narines laissent souvent s'écouler du sang ; il fait entendre des grincements de dents ; il prête l'oreille comme s'il entendait tout à coup un bruit qui le captive; il affecte les positions les plus indécentes, essaye d:élever ses pieds jusqu'à ses épaules, attire toutes ses couvertures en haut. Son cou se gonfle, ses mains tremblent ; son pouls devient plus fréquent, obscur et incertain, faible et vacillant comme une lampe peu à peu privée d'huile. 11 survient de la diarrhée, des hoquets; la langue s'embarrasse, l'articulation des sons est incompréhensible. Le malade tombe dans les convulsions ou le coma... Sa situation est toujours d'autant plus alarmante, qu'elle s'écarte davantage de l'état physiologique. »
Voilà une description qui peut appartenir également aux terminaisons fatales amenées par les affections aiguës ou idiopathiques du cerveau, y compris la paralysie générale, la mcningo-encéphalite diffuse, ainsi qu'elle a été nommée dans ces derniers temps.
Quoi qu'il en soit, l'absence de fièvre dans l'aliénation constituait pour les anciens un caractère distinctif avec la frénésie, caractère qui ne laissait pas de susciter des incertitudes de diagnostic, car les auteurs les plus
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