‹ Traité des maladies mentaleChapitre 292 sur 500 · LEUR INFLUENCE SUR LA MARCHE ET LA TERMINAISON DE LA FOLIE · texte numérisé non relu

LEUR INFLUENCE SUR LA MARCHE ET LA TERMINAISON DE LA FOLIE

'6° Enfin, la maladie accidentelle qui surgit dans le cours d'une aliénation n'a aucune influence sur la marche de la névrose. Bien mieux, il peut advenir que la folie exerce une telle action sur l'affection intercurrente, que les symptômes de cette dernière soient masqués, et (pie l'individu succombe sans qu'on ait soupçonné l'existence d'une pneumonie, d'une pleurésie, d'un ramollissement ou de toute autre maladie mortelle ; j'ai déjà signalé cette possibilité (p. 460 et suiv.). M. le docteur Thore, qui a étudié d'une manière spéciale l'influence

: réciproque de la folie et des maladies incidentes, se demande si les aliénés sont exposés à des maladies en tout semblables à celles des autres individus, ou bien si la folie imprime un cachet particulier aux affections inci-

i dentés qui surviennent chez eux (1).

Pour répondre à cette double question, l'auteur commence par combattre les préjugés des médecins les plus distingués du siècle dernier, Ellis, Cox, Mead et autres, qui ont prétendu que les aliénés avaient une I immunité contre les maladies en général. Pinel avait déjà établi contre cette manière de voir une réaction qui a été continuée par MM. Esquiroi et Ferrus. D'ailleurs, l'épidémie de typhus qui régnait du temps de Pinel, et pendant laquelle il faillit succomber, et plus récemment encore l'épidémie de choléra, ont prouvé combien cette opinion était fausse.

Quant à la seconde proposition, voici comment l'envisage M. Thore : « S'il est vrai d'avancer, dit cet excellent observateur, que chez certains individus les lésions de l'intelligence ont trop peu d'importance pour

(1) Je ne puis trop recommander aux jeunes médecins qui veulent faire de l'aliénation le but spécial de leurs études, de méditer l'excellent travail de M. le docteur Thore, inséré dans les Annales médico-psychologiques, sous le titre : Études sur les maladies incidentes des aliénés, t. III, p. 16 ; ibid., p. 339. Ces deux premiers articles renferment d'excellentes considérations sur la mortalité, les crises et l'intervention médicale dans la manifestation des crises, t. IV, p. 11 . —Maladies de poitrine, pneumonie (ibid., p. 182). — Gangrène du poumon, pleurésie, t. V, p. 16. — Asphyxies (ibid., p. 342).— Maladies de l'abdomen, t. XII, p. 180 et 404. — Maladies de l'encéphale, t. VIII, p. 56 et 3S9. — Apoplexies, convulsions, scorbut, etc., t. IX, p. 48. — Maladies chirurgicales, plaies, ophthalmies, tumeur des oreilles, phlébites, eschares. L'auteur cite de nombreux exemples où des pneumonies, des pleurésies, voire même des ramollissements cérébraux, ont existé chez des aliénés, chez des déments paralytiques surtout, sans que ces lésions se soient traduites au dehors par les symptômes qui leur sont propres. Elles ne sont révélées qu'à l'autopsie. — Voyez aussi un travail de M. Bouchet sur le même sujet (Annales, p. 337). Je dois ajouter encore, dans l'intérêt des études historiques auxquelles j'ai consacré une place assez large dans cet ouvrage, que les leçons cliniques faites en 1838 à Bicèlre par M. le docteur Ferrus, ont imprimé une impulsion spéciale à l'étude de l'influence réciproque de la folie et des maladies incidentes. Il est bien à regretter que cet honorable et savant praticien n'ait pas résumé en corps de doctrine des enseignements aussi utiles pour les médecins en général.

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