‹ Traité des maladies mentaleChapitre 296 sur 500 · DES DIFFÉRENTES TERMINAISONS DE LA FOLIE · texte numérisé non relu

DES DIFFÉRENTES TERMINAISONS DE LA FOLIE

appartenant souvent à des affections diverses. Un t'ait rapporté par le docteur Basham [Archives générales de médecine, juin 1846), et où les phénomènes cataleptiques étaient les symptômes d'une encéphalite aiguë, se rapproche beaucoup de l'observation que j'ai citée. Mais, encore une t'ois, il serait difficile de voir dans les symptômes décrits par la plupart des médecins les caractères communs fournis par une maladie de même nature. Telle est aussi l'opinion de M. le docteur Jules Falret, qui a l'ait un très bon travail sur cette matière. « Je pense, dit ce jeune médecin, que l'on a réuni sous le nom de catalepsie des faits qui diffèrent singulièrement les uns des autres, non-seulement par l'ensemble de leurs symptômes et par leur marche, mais par le caractère même qui seul permet de les rapprocher, et que par conséquent, dans la description que l'on a donnée jusqu'ici de cette affection, on a plutôt fait l'histoire d'un symptôme que d'une maladie véritable (1). »

Terminaisons. — J'ai décrit les symptômes des périodes prodromiques, ainsi que les phénomènes d'alternance, de rémittence et de périodicité qui signalent la marche des maladies mentales ; j'ai fait la part des perturbations que les maladies incidentes amenaient dans le cours de l'aliénation ; je me suis entin efforcé de ramener à leur véritable signification certains états pathologiques, tels que la stupeur, Y extase et la catalepsie. Il me reste à parler des terminaisons de la folie et du pronostic de cette affection. Quelques considérations sur la manière de comprendre l'anatomie pathologique de la folie compléteront le livre de la pathologie générale.

La folie se termine par la guérisoEÇ par la démence ou par la mort. Proclamer la curabilité de la folie, c'est se poser résolument vis-à-vis d'un fait confirmé par l'expérience médicale des siècles. Les maladies mentales guérissent sous l'influence des causes les plus capables d'amener la régénération de l'état intellectuel et physique de l'individu, je veux parler des crises physiologiques et morales. J'ai connu des malades chez lesquels l'explosion de la folie pouvait être considérée comme la terminaison critique d'un état névropathique antérieur signalé par des souffrances continuelles et par des défaillances des facultés fondamentales de l'esprit. Après leur guérison, ces mêmes individus accusaient une volonté

(1) De la catalepsie, par le docteur Jules Falret [Archives générales de médecine, numéro d'août 1857 et suiv.). On consultera aussi avec fruit, à propos des phénomènes extatiques, les deux importants ouvrages de M. Lélut sur V Amulette de Pascal et sur le Démon de Sacrale, le Traité de la catalepsie, par M. le docteur Bourdin. Dans un mémoire lu à la Société des sciences, arts et belles-lettres de l'Eure, M. le docteur Delasiauve a aussi émis des considérations pleines d'intérêt sur l'extase.

liVLl GUERISON.— DEMENCE. — MORT.

plus forte, une raison plus droite, et l'harmonie de leurs fonctions physiologiques réagissait de la façon la plus heureuse sur les manifestations de la sensibilité.

Je ne puis nier que ces cas ne soient l'exception, et que les préjugés de beaucoup de personnes touchant les difficultés de guérir la folie n'aient malheureusement leur excuse dans l'observation des faits. La manière dont nous avons nous-mème examiné la complexité des causes delà folie, les occasions nombreuses que nous aurons ultérieurement de vérifier à quel point le pronostic plus ou moins favorable dépend de la nature spéciale de l'aliénation, de la facilité avec laquelle cette maladie récidive, sont des motifs qui justifient, jusqu'à un certain point, les appréhensions dont je parle. Toutefois ces motifs, si fondés qu'ils soient, ne peuvent enlever à la folie le privilège et le caractère d'une affection curable.

Pourquoi, dit Esquirol, la doctrine des crises ne serait-elle point applicable à l'aliénation mentale? La folie na-t-elle pas des causes, des svmptômes, une marche qui lui soient propres ? Pourquoi ne se jugeraitelle pas comme les autres maladies ? Et ce grand médecin ajoute : « La guérison n'est certaine que quand elle a été signalée par quelque crise sensible. » Lorsque la folie cesse tout à coup sans qu'on puisse en-assigner la cause critique, on doit craindre d'avoir affaire à une folie intermittente. Si la folie passe si souvent à l'état chronique, c'est que les efforts critiques sont rarement parfaits et souvent avortés ; et il en est ainsi : 1° parce que la maladie attaque des sujets affaiblis ; 2° parce que ses causes les plus ordinaires sont débilitantes ; 3° parce que la susceptibilité des individus, l'atonie des symptômes, troublent la marche de la nature. (Esquirol, Marche de la folie, t. I, p. 81.)

Les crises sont physiques ou morales. La folie peut être jugée par la fièvre, par les hémorrhoïdes, par l'apparition des règles, par les différentes excrétions et sécrétions. On possède des milliers de faits où la réapparition de certains exanthèmes, le rétablissement de certaines évacuations supprimées, ont rétabli la raison. Des émotions de l'ordre moral, quoique infiniment plus rares, ont prod uit le même résultat favorable. J'en citerai des exemples remarquables dans le chapitre spécial où j'aurai à examiner la conduite à tenir dans l'occurrence des maladies incidentes qui compliquent la folie, et qui déterminent souvent des crises de bonne nature* C'est là une partie très importante du traitement.

Cependant il s'en faut que la guérison soit toujours amenée par les crises. La folie se juge aussi par résolution.

« La décoloration de la face, qui était d'un rouge vif ou brut) terreux, la souplesse de la peau, la liberté des excrétions, le retour de la sensi-

CUtlABlLlTÉ DE LA POLIE (CRISES). /|95

bilité morale, présagent une guérison prochaine. Elle est parfaite si, le malade étant rendu à la raison, les évacuations habituelles se rétablissent ; si le convalescent revient à ses habitudes, à son caractère. Mais si le sommeil, l'appétit, les excrétions rentrent dans l'état normal, et que le délire [ne diminue pas, si la sensibilité morale ne se manifeste pas dans la même proportion, la folie passe à l'état chronique ou dégénère en démence. » [(Esquirol, ibid., p. 82.) D'autres signes encore indiquent la tendance à [la guérison : c'est d'abord le retour à l'embonpoint avec la diminution progressive du délire; l'obésité est un signe de démence si la folie persiste. Esquirol appelle ensuite l'attention sur une terminaison critique à peine croyable, et dont l'expérience journalière confirme la vérité : c'est l'amaigrissement porté jusqu'au dernier degré du marasme. «11 est, dit ce grand observateur, des aliénés qui ne reviennent à la vie et à la raison qu après avoir frappé à la porte de la mort. » On conçoit que les proportions dans la curabilité de la folie doivent . intéresser les médecins. La curabilité pour ce qui regarde les cas particuliers se mesure au pronostic plus ou moins favorable qui se déduit de la nature de la maladie et des conditions d'âge, de sexe, de tempérament, d'influence héréditaire, etc. Je vais dans un instant émettre quelques considérations à ce sujet. En général, dans nos asiles, les guérisons sont évaluées au tiers des entrées, et c'est dans le premier mois que les rémissions sont le plus nombreuses. Toutefois, si l'on fait la part des phases de rémission et d'intermittence que nous avons vu constituer le caractère essentiel des affections nerveuses, on acceptera sans peine que le terme moyen de la folie déclarée ne soit pas moins de cinq à six mois, quoiqu'il existe des malades dont la guérison ne s'inaugure que dans la deuxième et même dans la troisième année. Passé ce temps, les aliénés, sauf de bien rares exceptions, sont inévitablement voués à la démence.

Ou pronostic. — Le pronostic, ainsi que je l'ai dit, se déduit de la nature de la maladie. Je devrais ajouter qu'il dépend aussi de la marche imprimée à l'affection par les crises qui la compliquent, par l'intensité, la fréquence et la durée des périodes alternantes, par le traitement plus ou moins rationnel qui a été inauguré dans la phase initiale de la folie.

Du pronostic dans ses rapports avec la nature de la maladie. — De toutes les variétés de folie ce sont les aliénations héréditaires qui se relient de la manière la plus étroite aux conditions intimes de l'existence intellectuelle des individus, et qu'on peut, jusqu'à un certain point, appeler des affections totius substantiœ.

Les folies par intoxication se guérissent très bien lorsqu'il est permis de soustraire ultérieurement les individus aux causes qui agissent d'une

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