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IDÉES DES ANCIENS SUR LA PARALYSIE GENERALE

émincnts sont obligés d'avouer que quelques maniaques ont la fièvre. Cette distinction, dit formellement Ceelius AureU'anus , est donc insuffisante, et la question, ramenée à ce point, ne recevra pour nous une solution satisfaisante que lorsque nous aurons à nous occuper pour notre propre compte des changements et des anomalies que la folie opère dans les conditions physiologiques de notre existence. Tout ce que nous pouvons dire d'avance, c'est que cette maladie demande à être étudiée comme toutes les autres, c'est-à-dire, dans ses phases initiales, dans son parcours et dans sa période de terminaison. A chacune de ces phases correspondent des états physiologiques et pathologiques différents, aussi bien que des manifestations intellectuelles en rapport avec l'état de souffrance de l'organisme.

Nous n'avons en ce moment qu'un seul but, réunir les premiers anneaux de la chaîne traditionnelle des idées anciennes pour les rattacher aux idées modernes, et initier progressivement le lecteur à la connaissance des différents troubles de l'esprit. Si donc nous résumons les éléments de la science de nos premiers maîtres sur les causes de la folie, sur la localisation de cette maladie, sur ses symptômes, sa marche, ses différentes formes, voici ce que nous pouvons conclure.

§ IV. — Résumé des idées des anciens sur la folie. Des rapports qui existent entre les délires spéciaux des aliénés et les idées régnantes d'une époque.

Les maladies du corps et les peines de l'esprit peuvent également amener cet état particulier, désigné sous le nom de folie, qui est une affection de longue durée [spatium longius recipiens) et ordinairement sans fièvre [nbsque febre).

Le siège de la maladie est le cerveau, qui peut être affecté primitivement ou sympathiquement [per consensus). La folie peut naître par toutes les causes qui amènent les autres maladies. L'intervention des dieux dans les manifestations des actes délirants est positivement rejetée par Hippocrate et par les grands médecins de l'antiquité. La folie implique un état de souffrance de l'organisme, c'est une maladie {corporis affectus) (1).

Cette maladie a, comme toutes les autres, ses phénomènes initiaux et ses signes propres qui se puisent dans les fonctions mêmes du lieu malade et dans les modifications quelles éprouvent (Galien).

(1) On comprend l'importance de cette doctrine dont la mise à néant ne tendrait à rien moins qu'à ramener toutes les croyances du moyen âge touchant la manière d'interpréter l'état des aliénés. C'est de l'abandon du point de vue d'observation des anciens que sont dérivés tous les malheurs des aliénés qui, à certaines époques historiques, ont été regardés comme des possédés et des maléficiers, et punis en conséquence.

18 ALIÉNATION DANS l' ANTIQUITÉ. — CELSE.

Les symptômes corporels se déduisent de la lièvre, de l'absence de sommeil, des troubles de la digestion et des autres grandes fonctions de l'économie, de V altération des humeurs et de toutes les perversions de l'organisme qui se révèlent par le changement décoloration delà peau, par l'amaigrissement, par l'insensibilité physique, par les illusions et les hallucinations des sens.

Le signe patbognomonique intellectuel par excellence est le délire ; mais il est bon de donner au délire sa véritable signification, car si toute folie est un délire, tout délire n'est pas une folie .

« Avant toutes choses, il est bon de savoir que dans certains accès de lièvre, les malades extravaguent et tiennent des discours où il n'y a pas de sens. Ce symptôme est toujours fort grave, et il n'arrive jamais sans (pie la lièvre soit très violente; cependant il n'est pas toujours également dangereux, car ordinairement il ne dure pas longtemps, et la raison revient aux malades dès que la violence de l'accès est passé.

» Mais c'est une vraie frénésie lorsque le malade ejJravaguc continuellement, ou bien lorsqu'il se remplit la tète d'idées vaines et chimériques, quoiqu'il conserve encore sa raison. La frénésie est parfaite lorsque l'esprit du malade est entièrement fixé sur ses idées.... Il est différentes sortes de frénésie (1).

Il y en a trois sortes, d'après Celse; ce sont : la manie, la mélancolie et le délire chronique. Toutefois l'observation des faits pathologiques ne permettait pas aux anciens, pas plus qu'elle ne nous permettra à nousmêmes ultérieurement, de se tenir dans ces trois types fondamentaux.

Nous avons déjà vu la différence qu'ils faisaient entre le délire chronique et le délire aigu (frénésie). La mélancolie ne pouvait rester non plus pour eux un type permanent, vu que l'observation leur montrait des malades tantôt tristes, tantôt gais ; les uns portés au suicide, les autres redoutant la mort; les uns obsédés par des idées bizarres, systématiques, et les autres paraissant comme annihilés et frappés de stupeur.

Ils admettaient donc implicitement, dans leur forme chronique, le délire partiel ou systématique des modernes avec conservation apparente de la raison. Les descriptions qu'ils nous ont laissées d'une foule d'individualités bizarres, originales, le prouvent pertinemment.

Nous reconnaissons facilement chez ceux-ci le délire propre aux hypochondriaques, chez ceux-là la forme délirante des épileptiques et des femmes

(1) Celse, Des trois espèces de folie, et particulièrement de la curalion de la folie que les Grecs appellent frénésie, liv. III, chap. xvm. Cet auteur ne se prononce pas d'une manière aussi catégorique que les autres sur le siège îles troubles de l'intelligence ; il les définit : corporis affeelus qui certis parlibus assignari non possuntt

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