MALADIES AUXQUELLES SUCCOMBENT LES ALIÉNÉS
même à 23. Tout semble faire croire , ainsi que le dit Esquirol, que cette proportion doit être plus forte. Je l'ai vue varier de 1 à 8, même jusqu'à 16 (1).
Il est incontestable, d'un autre côté, que les affections cérébrales idiopathiques tendent à augmenter de nos jours, et influent d'une manière notable sur la mortalité. Je n'en veux d'autres preuves que la recrudes cence observée, depuis un certain nombre d'années, dans les formes pa raly tiques, ainsi que dans les terminaisons par hémorrbagie cérébrale. Tous les anciens médecins avaient constaté la rareté de l'apoplexie cbez les aliénés de nos asiles ; il n'en est plus de même aujourd'hui, si je m'en rapporte à ma propre expérience et aux nombreuses statistiques publiées sur ce sujet.
Enfin, ce qui indique encore l'influence générale des causes dégénéra- Irices, dans l'espèce, c'est la terminaison plus fréquente aujourd'hui qu'autrefois par l'état de marasme. Lorry avait déjà décrit sous le nom de tabès melancholica une terminaison de cette nature. Esquirol en parle sous la désignation de fièvre lente, nerveuse, terminant souvent la lypémariie. « Les lypémaniaques, dit-il, se refusent à tout mouvement ; tantôt ils ne veulent pas bouger de leur lit, tantôt ils sont accroupis par terre. Les uns rejettent avec obstination toute sorte d'aliments, les autres mangent avec une voracité effrayante. Ils semblent se plaire à braver tout ce qui peut détruire leur organisation; ils maigrissent, leur peau devient terreuse ; ils tombent dans une débilité extrême, la fièvre s'empare d'eux avec un paroxysme tous les soirs ; souvent le dévoiement survient et hâte leur mort. » (Tome I,-p. 104.)
Je veux bien admettre que cette terminaison fatale soit propre aux affections nerveuses, mais il est incontestable (et ma conviction ressort des études que j'ai faites sur les causes dégénératrices de l'espèce humaine) qu'il est légitime de rapporter à l'influence plus active de certaines causes prédisposantes générales la prédominance actuelle des constitutions cachectiques chez les aliénés, et partant, l'activité plus grande des causes pathologiques qui amènent une terminaison fatale. (Voyez ce que j'ai dit dans I'Étiologie, à propos des causes prédisposantes générales, § n, p. 79 et suiv.)
Quelques considérations sur la manière d'envisager l'anatomie patho-
(1) Il faut, de toute nécessité, faire la part des circonstances épidémiques dans lesquelles ont exercé les médecins dans ces dernières années. Ajoutons que ces épidémies (choléra, affections diarrhéiques, marasme, cachexie pellagreuse) coïncidaient avec l'appauvrissement général des constitutions par l'insuffisance et l'altération des aliments.
502 CONSIDÉRATIONS SUR l'aNATOMIE PATHOLOGIQUE DE LA FOLIE.
logique chez les aliénés compléteront ce que j'ai à dire sur la pathologie générale de la folie.
§ III. — Considérations générales sur la manière d'envisager I'anatomie pathologique de l'aliénation mentale.
Les considérations que je vais émettre n'ont pas pour but de prouver la corrélation qui existe entre les lésions organiques et les lésions fonctionnelles. Cette corrélation est suffisamment établie par tout ce que j'ai dit jusqu'à présent. Je puis ajouter que, quelle que soit l'opinion que l'on «dopte sur la prééminence des causes physiques ou des causes morales de l'aliénation, il ne se trouve aujourd'hui aucun médecin qui soit tenté de rejeter parmi les hypothèses inadmissibles les conditions pathologiques désignées sons les noms (['irritation nerveuse du cerveau, hypérémie, disposition spéciale aiu raptus sanguin vers l'organe cérébral. Cette tenj dance à la Congestion n'est que trop souvent suivie de sa conséquence naturelle, les épanchements sanguins et les transsudations de même nature dans les cavités de l'arachnoïde. Les réflexions qui suivent serviront d'introduction à l'histoire spéciale des lésions du cerveau que j'aurai à faire connaître dans la description des folies idiopathiques.
Irritation nerveuse du cerveau ; irritabilité. — Les conditions pathologiques de cet état que quelques auteurs ont désigné sous le nom tYirritation nerveuse du cerveau ressortent de tout ce que nous avons dit de l'hyperesthésie et autres phénomènes qui apparaissent dans la période initiale de la folie et dans le' cours de cette maladie. L'expression phénoménale de cet état d'irritation nerveuse est un degré d'activité cérébrale, en plus ou en moins dans telle partie du cerveau, qui se traduit ordinairement par le sentiment de la douleur et par la manifestation d'actes irré^ fléchis, violents, emportés, empreints de délire, et qui tiennent d'un état général d' 'irritabilité . ,1e ne veux pas désigner par ce dernier mot une propriété particulière du système nerveux, ni, à plus forte raison, chercher à spécifier d'ime manière exacte (la chose ne serait pas toujours possible) les relations qui pendant la vie doivent exister, de toute nécessité, entre l'irritabilité et telle ou telle modification pathologique transitoire ou permanente du cerveau.
Que cet état d'irritabilité, si commun dans les folies héréditaires, dans les folies par intoxication, dans celles qui sont la conséquence de certaines névroses, de l'epilepsie, par exemple, puisse être très souvent la conséquence d'un état de congestion ou d'inflammation du cerveau, c'est là une opinion très probableet qui est justifiée par les autopsies; mais est-il