‹ Traité des maladies mentaleChapitre 32 sur 500 · INFLUENCE DU MILIEU SOCIAL SUK LA FORME DU DELIRE · texte numérisé non relu

INFLUENCE DU MILIEU SOCIAL SUK LA FORME DU DELIRE

hystériques. Bien mieux, nous pouvons ajouter qu'en dehors des enseignements méthodiques des médecins, l'imagination ardente de leurs poètes rattachait déjà aux délires aigus les fureurs d'Ajax , d'Oresle, d'Athamas et d'Alcméon, ces tristes victimes de la colère des dieux ; à la mélancolie, l'étatde Bellérophon qui errait tristement dans les campagnes d'Argos, dévorant son propre cœur et fuyant les regards des humains (1).

Antérieurement à l'expédition des Argonautes et avant Hippocrate, Mélampe guérissait au moyen de l'ellébore les filles du roi Prœtus dont les mugissements sauvages évoquent pour nous les souvenirs de certaines folies épidémiques compliquées d'accès hystériques (2).

Ces épidémies, indication précieuse que l'élément historique fournit à la pathogénie des troubles de l'esprit, se révèlent pour nous dans l'état mental désigné sous les noms de lycanlhropie et de cynanthropie. Marcellus Sideta, contemporain de Galien, dit positivement que les malades atteints de cette vésanie parcouraient les lieux solitaires, hurlant à la manière des loups et profanant souvent le séjour des morts.

Il est incontestable que les préjugés populaires devaient, en présence de pareilles manifestations, devancer l'opinion raisonnée des observateurs. Le peuple ne voyait et ne pouvait guère voir dans ces phénomènes que des faits d'un ordre surnaturel. Hippocrate et d'autres médecins rejetaient, comme nous l'avons vu, le quid divinum dans l'étude des maladies, et donnaient déjà des explications plausibles de la singulière maladie des Scythes qui, frappés d'impuissance, se croyaient changés en femmes ; mais, aux yeux du vulgaire, c'était là une preuve de la colère des dieux.

L'état extatique et convulsif des jeunes filles placées sur les trépieds de l'oracle de Delphes ne pouvait davantage être attribué à des manœuvres occultes et à la prédominance d'un tempérament hystérique. A chaque siècle revient sa part d'erreurs et de préjugés qui tendent incessamment à obscurcir l'explication naturelle des phénomènes pathologiques. Cette réflexion s'applique aussi bien à l'antiquité qu'aux temps actuels, et nous aurons de nombreuses occasions de la développer dans le cours de cet ouvrage. L'histoire de certaines épidémies intellectuelles modernes ne nous donne pas toujours le droit de nous targuer de nos progrès et de nos lumières pour blâmer les erreurs et les préjugés des anciens.

Nous avons discuté les opinions des médecins de l'antiquité sur la nature de la folie, sur son siège, sur les symptômes de cette maladie et

( I ) Qui miser in campis errabat aleis,

Ijise suum cor edens, hominuni vestigia vitans ('-) Prœtidcs imglerunt falsis mugitibus agros.

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