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CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR L'HÉRÉDITÉ

Les différentes névroses, depuis ce que l'on est convenu d'appeler exagération du tempérament nerveux, excitabilité nerveuse, jusqu'à la folie proprement dite, constituent une famille dont les produits pathologiques divers ont des rapports directs, des affinités intimes avec leurs causes génératrices. Ceci est de la dernière évidence, puisque nous n'admettons pas que ces causes doivent être examinées en dehors de la même variété nosologique. Dans l'ordre des recherches qui nous préoccupent, ce sont des parents névropathiques qui donnent naissance à des enfants névropathiques, ce sont les affections nerveuses des ascendants que l'on retrouve chez les descendants. Il n'est cependant pas nécessaire, pour que la transmission puisse être constatée, que les maladies nerveuses des enfants soient identiquement semblables à celles des parents. Nous avons eu de nombreuses occasions de faire observer que les affections nerveuses se transforment et passent de l'une à l'autre. Des parents hystériques, hypoehondriaques, épileptiques, procréeront des enfants aliénés ; et réciproquement l'hystérie, l'hypochondrie, l'épilepsie, se rencontreront chez ceux dont les ascendants ne se faisaient remarquer que par l'exagération du tempérament nerveux ou par un état de délire très limité en apparence. Quelquefois la transmission est directe et se fait pour ainsi dire de toutes pièces. Ce sont des parents aliénés qui produisent des enfants aliénés chez lesquels on retrouvera les mêmes variétés de délire, les mêmes tendances instinctives de mauvaise nature, les mêmes et fatales dispositions au suicide. Ces différents phénomènes pathologiques du système nerveux, le suicide surtout, se manifesteront parfois à la même époque, sous l'influence de causes déterminantes de même nature.

Mais on conçoit facilement que cette reproduction similaire de troubles du système nerveux ne puisse se perpétuer indéfiniment avec une exactitude aussi rigoureuse et avec des caractères semblables chez les descendants. Différentes circonstances de bonne et de mauvaise nature s'opposent à ces transmissions héréditaires qui présentent invariablement le même caractère. Dans L'espèce humaine, l'étude des transformations créées par l'hérédité doit se faire à un autre point de vue que dans les autres espèces animales. Dans les familles où existent des prédispositions

de l'hérédité par son côté médical absolu, j'entends par là ses rapports avec la formation des divers tempéraments, avec les variations extrêmes que l'on observe, tant au point de vue intellectuel qu'au point de vue physique, dans les diverses races humaines. Le but de cet ouvrage, il ne faut pas l'oublier, est exclusivement élémentaire. Je ne puis que renvoyer, pour l'étude plus générale de cet important sujet au Traite philosophique cl physiologique de yhéré.dité naturelle dans les états de santé et de maladie du système nerveux, par M. Lucas (Paris, 1817), à mon Traité des dégénérescences (Paris, 1857). et aux Recherches sur l'hérédité, par MM. Uaillarger et Moreau.

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compromettantes pour les descendants, les mariages peuvent introduire un sang nouveau de bonne nature, et conséquemment régénérateur. L'hérédité suit alors ce que j'appelle une marche ascendante dans le sens d'une modification ou rénovation heureuse du principe héréditaire chez les enfants issus de ces mariages. Leur avenir est sauvegardé, et celui de leurs enfants peut être amélioré, fllais pour obtenir ces résultats favorables, il faut que l'hygiène et la prophylaxie interviennent d'une manière intelligente dans l'évolution des phénomènes subséquents. Lorsqu'il en est ainsi, les individus, comme je l'ai constaté en maintes occasions, tendent à remonter vers un type meilleur et leurs descendants sont soustraits aux influences fatales qui pesaient sur leurs ascendants,

Malheureusement, pour une foule de raisons que j'ai déjà exposées et pour d'autres encore qui seront alléguées dans le cours de ces études, les choses ne se passent pas toujours d'une façon aussi heureuse. Etablissons d'abord que la variété ou l'espèce subit forcément les lois qui règlent l'évolution des faits pathologiques chez l'individu.

Qu'avons-nous observé chez l'individu soumis à une affection spéciale du système nerveux ? Un enchaînement de phénomènes pathologiques qui se commandent et s'engendrent successivement. Le malade parcourt un cercle dont chaque point de circonférence correspond à une situation qui a une connexité intime avec celle qui précède et celle qui suit. Il advient, si rien n'est tenté pour briser cet enchaînement fatal, ou si le traitement ne répond pas aux exigences maladives de la situation, il advient, dis-je, de toute nécessité, que la répétition indéfinie des mêmes phénomènes conduit à des conséquences de plus en plus graves. Dans ces cas, la maladie finit, ainsi que je l'ai établi, par présenter un caractère nouveau, de plus en plus irrémédiable et fatal.

Si maintenant nous sortons un moment de l'observation des faits chez l'individu, et si nous transportons dans l'espèce l'étude de l'évolution successive des faits pathologiques, il nous sera permis de constater un phénomène similaire, c'est-à-dire l'évolution successive et progressive des phénomènes pathologiques de transmission héréditaire qui s'enchaînent et se commandent dans une série de générations.

Dans une première génération on n'observera, je suppose, que la prédominance du tempérament nei'veux, la tendance aux congestions cérébrales, avec ses conséquences naturelles : irritabilité, violences, emportements de caractère. Dans une seconde génération, il sera permis de constater une recrudescence de ces dispositions maladives du système nerveux. On signalera des hémerhagies cérébrales, des alfections idiopathiques du cerveau ou, tout au moins quelques-unes de ces névroses

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