TEMPÉRAMENT NERVEUX, IRRITABLE, DES PARENTS
ration vers une décadence de plus en plus irrémédiable, et tantôt, grâce à des causes régénératrices, fait remonter les individus vers un type progressif dans le sens du bien.
Une femme aliénée soumise à mon observation, et qui peut rendre compte de son état névropathique, a souffert, jusqu'à l'âge de cinquante ans, d'une situation qui se résume dans une irritabilité perpétuelle et dans des accès de violent emportement. Elle-même recherche avec une sorte d'investigation anxieuse et avide les causes de ses souffrances nerveuses, et ne peut les trouver que dans le caractère et le tempérament de ses ascendants. Son père et ses oncles étaient des individus violents, emportés, et qui se sont fait connaître en 1793 par l'exaltation de leurs idées révolutionnaires. « Je ne sais, » dit cette malheureuse femme, qui s'exprime avec une naïveté que son manque d'instruction rend d'autant plus précieuse, « je ne sais si c'est à mes parents que je dois la haine » que j'ai toujours eue pour les choses de la religion et pour les prêtres. » Je n'ai pas eu de croyance, et j'avais bien désiré que mes enfants ne » soient pas comme moi. Un rien m'a toujours irritée, exaltée. Je faisais » toute chose avec emportement, avec colère, et me troublais pour ce qui » n'en valait pas la peine. J'ai souffert, à proprement parler, toute ma vie, » tantôt d'un mal, tantôt d'un autre; c'étaient des maux de tète, des j » souffrances de nerfs ; et puis j'avais des craintes de devenir folle. La » maladie de ma fille (celle-ci est depuis longtemps aliénée à Saint- Yon) » m'a donné à réfléchir, et depuis ce temps je n'ai eu un moment de » repos. »
Les prévisions de cetle malade se sont accomplies. Elle a suivi à l'asile sa fille, qui y est depuis nombre d'années dans un état de démence avec manifestation primitive d'un délire général et prédominance de l'idée qu'elle est Dieu. L'état mental de lanière ne se résume dans aucun délire systématisé. C'est un état perpétuel d'irritabilité avec des exacerbations et des rémissions. Elle conserve l'apparence delà raison, mais témoigne un grand désordre et une grande incohérence en ses actes. On a dû la séparer de sa fille, dont elle ne fait qu'aggraver l'état en cherchant à réveiller chez cette dernière des sentiments filiaux qui n'ont jamais existé; les efforts de la mère ne tendent au contraire qu'à produire chez sa malheureuse entant des excitations violentes et des manifestations haineuses.
Une autre malade, âgée aujourd'hui de cinquante-cinq ans, nous offre un exemple frappant de ces transmissions héréditaires dues à l'excentricité ou à l'irritabilité des parents, et présentant chez ceux-ci des symptômes de rémittence semblables à ceux que l'on observera chez l'aliénée en question et dans la descendance de cette dernière.