DES FACULTÉS INTELLECTUELLES. — INFLUENCE DE L'HÉRÉDITÉ
aucune coordination dans les actes de la vie, aucun esprit de conduite dans l'accomplissement des devoirs de la famille ou de la société.
Ici encore vous n'observez aucune compromission, bien saillante au moins, des facultés intellectuelles. Les hommes dont je parle remplissent parfois de hautes et importantes fonctions sociales, mais ils sont soumis, ainsi que je le disais, à d'étranges périodicités dans l'évolution de leurs facultés affectives. J'en ai vu me faire la triste confidence qu'ils ■ ne pouvaient vivre sans avoir un but de haine qu'ils cherchaient à assouvir tantôt dans un sens, tantôt dans un autre. Ceci leur était d'autant plus facile que la position administrative de quelques-uns leur donnait le moyen de tourmenter impitoyablement leurs subordonnés. L'élément de la périodicité qui fait la base de leur tempérament maladif déjoue souvent les appréciations que l'on pourrait faire de leur état protéilorme. Misanthropes, atrabilaires et méchants au jugement des uns, ils apparaissent à d'autres pleins de bonhomie et de mansuétude. Mais, aux yeux du véritable observateur, ils puisent dans la nature de leurs dispositions héréditaires, dans leur tempérament atrabilaire, hypochondriaque, l'astuce, l'esprit incarné de mensonge, d'orgueil et de vanité, de susceptibilité indescriptible, de défiance perpétuelle à l'égard de leur prochain et de lâche délation qui fait le fond de leur caractère.
Pour ce qui regarde même l'état des facultés intellectuelles chez les individus de cette catégorie, on se tromperait grandement si l'on voulait établir un contraste perpétuel entre leurs mauvaises dispositions instinctives et l'exercice normal des facultés intellectuelles. J'ai remarqué, il est vrai, chez beaucoup d'êtres névropathisés de cette espèce, de singulières aptitudes intellectuelles, une élocution des plus faciles, une fécondité très grande d'écrivain, et quelquefois aussi des dispositions pour les arts et pour les sciences. Mais si l'on a le courage de scruter les productions littéraires, artistiques ou scientifiques de ces hommes, on ne tarde pas à s'apercevoir que leur fécondité est dépassée par la fausseté de leur esprit, parle peu desolidité de leur jugement et parleur disposition perpétuelle au paradoxe. Au point de vue de la morale, on cite de quelques-uns des productions d'un dévergondage monstrueux qui, à la grande honte de l'esprit humain, ont trouvé des admirateurs pour les lire et des adeptes pour réaliser dans la pratique les idées les plus instinctivement immorales (1). Enfin, je ferai pour les êtres maladifs de cette catégorie la même ré-
(1) Chacun peut faire, dans le cercle des faits observés qui lui sont propres, les applications individuelles que ces dernières réflexions peuvent suggérer. Si je voulais entrer dans le détail de tous ces faits anormaux, remonter au point de départ plus ou moins maladif de leur évolution, je serais entraîné trop loin. J'arriverais bientôt à ces limites délicates