ÉLÉMENTS DE DIAGNOSTIC. — INSTINCTS CONGÉNITAUX DE CRUAUTÉ
dination dans les idées avec le délire des actes et les perversions des sentiments.
Instincts congénitaux de cruauté propres aux aliénés héréditaires.
— Il est un autre élément de diagnostic qui fait souvent défaut, et qui explique pourquoi les personnes du monde jugent si diversement ces sortes de maladies, c'est le manque de connaissance des faits qui se rattachent au jeune âge des aliénés héréditaires. On veut bien admettre qu'ils sont originaux, excentriques, mais comme on ne peut relier leur état présent à leurs dispositions congénitales, on s'étonne que nous les considérions comme dangereux. J'ai cité dans mon Traité des dégénérescences des faits remarquables d'instincts de cruauté qui se sont manifestés chez ces malades, dès l'âge le plus tendre. On en a vu tourmenter sans pitié les animaux, les écorcher vifs, les faire périr de toutes sortes de manières barbares. Ces mêmes êtres malheureux, congénitalement frappés dans l'exercice de leurs facultés intellectuelles et affectives, n'ont pu suivre les progrès de leurs camarades d'études. Ils ont désolé leurs maîtres, leurs instituteurs et leurs parents, non-seulement par le manque d'aptitude intellectuelle (1), mais par la manifestation des plus dangereux instincts,
(1) Le manque d'aptitude intellectuelle ne doit pas s'entendre ici au point de vue de l'ineptie, de l'impossibilité absolue d'apprendre. J'ai déjà cité certaines dispositions remarquables chez ces malades pour la musique, la versification ; ils ont parfois des aptitudes originelles tout à fait extraordinaires, pour le calcul, par exemple. Un jeune aliéné qui fut confié à mes soins, et dont la mère mourut en démence à notre asile, était un garçon intelligent, un excellent musicien, mais incapable de progresser. Un autre, qui a fait la désolation de sa famille par ses tendances précoces à l'ivrognerie, par la manifestation des plus détestables perversions des sentiments, écrivait à sa mère des lettres comme aurait pu faire l'enfant le mieux doué sous le rapport des qualités de l'esprit et du cœur.
Le premier avait quitté toutes les positions où on l'avait placé pour se livrer avec fureur, dès l'âge de seize ans, au vagabondage, au vol, à l'ivrognerie. Dans ses rémittences, c'était un garçon doux et bienveillant, mais qui conservait toujours pour son père, qui n'avait su le prendre, disait-il, une haine instinctive poussée jusqu'à l'idée du parricide.
Le second, connu par des actes inouïs de cruauté dans le jeune âge, et qui appartenait à une excellente famille, avait été mis dans un grand nombre d'institutions et de collèges d'où il s'était fait renvoyer. Dans ses moments de surexcitation, il se vautrait dans les orgies les plus dégoûtantes avec les êtres les plus ignobles qu'iljpouvait réunir. On le força à prendre la carrière militaire ; il passa la première année dans les salles de discipline , finit par déserter, et vendit son équipement pour boire de l'eau-de-vie. 11 avait pour sa mère une haine invétérée, et j'ai dû m'interposer dans une circonstance pour qu'il ne se portât pas en ma présence aux actes les plus violents envers cette femme vénérable qui n'avait eu que le tort d'avoir toujours ..idé complai£amment aux innombrables caprices maladifs de son enfant ; son existence était continuellement en danger. Ces deux malheu-