‹ Traité des maladies mentaleChapitre 338 sur 500 · DE LA POLIE HÉRÉDITAIRE CHEZ LES FEMMES · texte numérisé non relu

DE LA POLIE HÉRÉDITAIRE CHEZ LES FEMMES

trique, désordonné, et qu'elle supposait lui avoir été écrites par des personnages distingués.

On conçoit ce qu'une pareille conduite dut jeter de trouble et de désordre dans l'existence d'un homme pacifique marié à une pareille aliénée. On espérait que les conditions nouvelles créées par la maternité modifieraient des tendances aussi excentriques, mais il n'en fut rien. Madame P... ne s'occupa en quoi que ce soit de sa fille, qui lui était aussi indifférente qu'une étrangère et que souvent elle maltraitait, et bien que le mari eût enlevé à sa femme le maniement des affaires d'intérêt, notre malade trouvait moyen de contracter des dettes pour satisfaire à son besoin maladif de locomotion. Elle allait à Paris, où elle fréquentait des auteurs célèbres, des hommes excentriques et des femmes intrigantes. Elle se fit auteur elle-même, et publia des romans dont le style, les idées et les sentiments reflétaient les dispositions maladives de son esprit, et qui, il faut le dire à la honte d'une époque avide de productions de ce genre, trouvèrent des lecteurs et même des admirateurs. M. P... eut beaucoup de peine à faire renfermer sa femme, dont les réponses lucides et raisonnables ne semblaient pouvoir donner prise à un diagnostic de folie. Les choses en arrivèrent cependant à un point tel, qu'il fallut prendre un parti définitif, et madame P... fut confiée à mes soins.

A l'asile, où elle fut isolée, madame P... se présenta avec les caractères maladifs propres à cette variété d'aliénés, et que j'ai déjà décrits. Elle passait des périodes entières dans un état de paresse indicible, de torpeur et de demi-hébétement. Puis bientôt elle se manifestait avec tous les symptômes de la phase d'excitation, c'est-à-dire désordre extrême en ses idées et ses actes, projets chimériques, récriminations de toutes sortes contre son mari et sa famille, rédaction de lettres, de mémoires pour prouver qu'elle n'était pas aliénée. L'existence de ces sortes de malades est une énormité perpétuelle, une suite d'oppositions et de. contrastes incroyables; ils passent d'un extrême à l'autre presque sans transition, et le point de jonction entre l'exacerbation du d'élire et l'état de souffrance de l'organisme, quoique réel, est souvent difficile à saisir. La transition se manifeste parfois avec l'instantanéité d'une attaque d'épilepsie. Ces malades semblent défier toutes les prévisions, et déjouer l'observation de ceux qui ne connaissent pas les variations infinies que la maladie imprime à leur manière d'agir, de penser et de sentir. Je n'en donnerai dans ce cas qu'une seule preuve. Après avoir écrit des romans plus ou moins licencieux, madame P... se sentit tout à coup prise d'une grande ardeur pour les choses religieuses, elle qui n'avait jamais eu, ni la croyance qui se base sur le raisonnement, ni la foi naïve qui part directement du cœur

et qui émane des sentiments. Elle avait lu dans un journal l'annonce d'un prix olfert par une Académie de province à l'auteur du meilleur ouvrage qui réfuterait les objections du protestantisme. Elle partit de cette donnée pour se mettre au travail avec la même ardeur qu'elle avait montrée dans la production d'oeuvres immorales. 2° Madame C..., dont la mère a été traitée à l'asile Saint-Yon comme : mélancolique avec tendance au suicide, a montré dès l'âge le plus tendre, des dispositions singulières à des actes excentriques, désordonnés, et empreints le plus souvent d'une grande irritabilité et d'anomalies extrêmes de la sensibilité, ainsi que cela s'observe chez les jeunes filles hystériques. Ces phénomènes s'étaient déjà montrés avant l'époque de la puberté, et l'avènement des règles, loin de changer ces dispositions maladives, ne fit que leur imprimer une forme plus caractéristique.

La jeune fille avait été fiancée à son cousin germain, et ce dernier m'a avoué depuis, qu'en présence des scènes de violence de sa future et des nombreuses anomalies de son caractère, il faillit renoncer à un mariage dont l'avenir ne lui paraissait pas rassurant. Toutefois on insistait tellement sur les conséquences de ce mariage dans l'intérêt même de la santé de la jeune fille, que la cérémonie eut lieu. Mais les tristes prévisions du mari ne tardèrent pas à se réaliser. Le caractère névropathique, irritable et hypochondriaque de sa femme, se montra sous ses formes les plus variées et les plus imprévues. Elle força son mari à de fréquents changements de résidence qui compromettaient sa position. Elle l'accusa ultérieurement de choses improbables. M. X... occupait une position financière, et madame C... alla jusqu'à écrire au procureur impérial que son mari se rendait coupable de malversations. Elle-même se chargeait de le compromettre en dénaturant les chiffres de ses livres. Appelée au parquet pour rendre compte de ces faits, madame C... donne pour motif de sa conduite qu'elle désirait faire perdre sa place à son mari, afin de diminuer ses ressources et l'empêcher de se livrer à des débauches secrètes dont elle l'accusait injustement.

Aujourd'hui cette jeune femme, à peine âgée de trente-deux ans, est confiée à mes soins. La justice ne trouve pas motif à son interdiction, parce qu' elle répond sensément aux questions ordinaires que les magistrats posent aux malades dans des occurrences semblables ; mais mon appréciation médicale est formelle, positive : elle se résume dans les conclusions suivantes, qui indiquent la nature, la marche, le développement et la terminaison probable de cette triste folie héréditaire :

Faihlesse intellectuelle congénitale par suite de transmissions héréditaires de mauvaise nature. Impossibilité de se conduire sensément au

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