TRANSMISSION PLUS COMPLÈTE DES TENDANCES MALADIVES SIMILAIRES
et de la confier à mes soins. Pendant les deux années qu'il m'a été donné d'observer madame X..., je n'ai jamais assisté à un pareil déploiement de cette activité intellectuelle sans but et sans profit, qui t est le propre de l'état mental des aliénés héréditaires. Notre malade, qui est un type de cette variété, avait accepté le rôle de redresser les erreurs et les injustices dont les aliénés se prétendent si souvent les victimes. Elle recevait leurs plaintes, leurs réclamations, rédigeait pour ses compagnes d'infortune des lettres, des mémoires, comme aurait pu faire le meilleur avocat ; elle analysait, commentait les motifs qui les faisaient agir, rectifiait parfois leurs erreurs de perception avec une lucidité et un bon sens qui nous étonnaient ; elle s'intéressait au corps médical de l'asile, demandait pour nous des titres, des décorations, et se désespérait de ne pouvoir nous insuffler sa manie ambitieuse; elle était, en un mot, dévorée d'une activité fébrile qui surexcitait ses facultés intellectuelles, et dont les auteurs ont cité tant d'exemples sans les rapporter à leurs véritables causes. (Voyez De l'augmentation de l'activité intellectuelle chez les aliénés; interprétation de ce pkénomène, p. ^28 et suiv.)
W La transmission héréditaire des tendances maladives délirantes similaires m'a paru plus complète chez les femmes que chez les hommes.
Dans un cas de mauvais instincts héréditaires dont j'ai le triste spécimen sous les yeux, des parents livrés à l'alcoolisme ont transmis à leur fille cette funeste habitude. Dès l'âge de huit à neuf ans, cette enfant ouvrait les armoires, descendait à la cave, et cherchait de toute manière à assouvir sa détestable passion. Mariée depuis à un homme très honorable, qui ignorait le funeste penchant maladif de sa fiancée, elle désola sa nouvelle famille par les excès les plus honteux. Placée à Saint-Yon, nous l'avons soumise à des épreuves de dix-huit mois à deux ans, et puis, sur la demande de son mari et à l'instigation des promesses de la malade ellemême, nous l'avons renvoyée. Mais chaque fois elle a récidivé, et pour ainsi dire sans transition. C'était le lendemain de sa sortie que cette malheureuse recommençait ses orgies. Plongée aujourd'hui dans l'état le plus abject de la dégradation physique et morale, elle nous offre un exemple frappant de l'influence exercée par les transmissions héréditaires de mauvaise nature.
Une dame qui a été confiée à mes soins, et dont je vais citer dans un instant la guérison, ainsi que les moyens employés pour atteindre ce résultat, éprouvait dans son état de dépression mélancolique les mêmes sensations maladives, et manifestait des idées délirantes dans le genre de celles que l'on avait observées chez ses ascendants maternels. La mère avait des frayeurs continuelles, et ressentait un feu intérieur ; elle se