INFLUENCE FATALE DES MILIEUX D'ÉDUCATION
j asile, une femme de soixante et quinze ans, qui était, en outre, affligée d'une maladie organique du cœur. Cette femme, dont les exacerbations maniaques dépassaient en intensité tout ce que j'ai vu sous ce rapport, avait des périodes de rémission dans lesquelles il lui était possible de rendre compte de son état. Animée de sentiments religieux qui n'avaient jamais complètement disparu malgré leur obscurcissement, elle priait qu'on ne lui imputât point à mal ses méchancetés. Elle se disait née malheureuse par la faute de ses parents. Son père était un ivrogne et sa mère était morte aliénée. Des cinq enfants qu'elle avait eus, aucun n'avait échappé à la fatalité de la transmission héréditaire. Un d'eux s'était suicidé ; deux autres subissaient une condamnation infamante, une de ses filles était aliénée et l'autre dans un état de demi-imbécillité.
Souvent même il arrive que clans les classes pauvres l'hérédité agit avec une double influence. Je veux dire par là que le milieu où sont élevés les enfants, bien loin de rectifier leurs mauvaises tendances, ne fait que les activer. Le défaut absolu d'éducation, le manque de bons
I exemples, ne peuvent que précipiter l'instant fatal où se manifeste naturellement, soit par les idées, soit surtout par les actes, la folie héréditaire.
Ce qui manque aux enfants nés dans ces conditions malheureuses, c'est l'éducation maternelle première, qui, grâce à une foule de soins attentifs, de caresses instinctivement ingénieuses, d'une longue incubai tion morale, si l'on peut s'exprimer ainsi, nous enfante à la vie spirituelle \ comme nous avons été enfantés à la vie physique, et nous rend deux fois | les fils de nos mères.
Cependant, en dépit de l'influence heureuse de l'éducation première, , nous avons vu que la folie héréditaire se rattachait dans de nombreuses ; circonstances et cela d'une manière impérieuse, nécessaire, fatale, à sa cause génératrice. A mesure que nous avançons dans cette étude, nous voyons apparaître l'affaiblissement progressif des facultés intellectuelles et prédominer les plus mauvaises tendances de la nature humaine, quels que soient, du reste, le rang, le sexe, la position sociale, l'éducation des individus. Les aliénés héréditaires de la troisième classe serviront de transition à cette variété d'êtres dégénérés, vulgairement connus sous les
i dénominations d'imbéciles et d'idiots (1).
i (1) Dans bon excellent ouvrage (Traité philosophique et physiologique de l'hérédité naturelle), M. le docteur P. Lucas a cité des exemples bien frappants de propensions héréditaires et de penchants aux crimes contre les personnes et ies propriétés. fVoy. t. I, § v, p. 481 et suiv.)