‹ Traité des maladies mentaleChapitre 344 sur 500 · FACDLTÉS INITIALES BRILLANTES. — IDIOTISME CONSÉCUTIF · texte numérisé non relu

FACDLTÉS INITIALES BRILLANTES. — IDIOTISME CONSÉCUTIF

prime abord par une espèce d'arrêt de développement de la taille. Ses premiers chagrins se rapportaient à cette cause si futile en apparence, et qui était loin d'être le point de départ des singulières anomalies de ses sentiments. Il était désespéré d'être le plus petit de sa classe, quoiqu'il fût toujours le premier dans ses compositions, et cela sans effort et presque i sans travail. C'était, pour ainsi dire, par intuition qu'il comprenait les ! choses et que tout se classait dans sa mémoire et son intelligence. Il perdit insensiblement sa gaieté, devint sombre, taciturne, et montra de la tendance à l'isolement. On crut d'abord qu'il existait chezlui des penchants onanistiques, mais il n'en était rien. L'état de dépression mélancolique de l'enfant, sa haine pour son père portée jusqu'à l'idée de le tuer, avaient une autre cause. Sa mère était aliénée, sa grand'mère excentrique au dernier degré.

J'ordonnai l'interruption des études de cet enfant et son isolement dans une institution hydrothérapique. Les exercices gymnastiques, les bains, le travail manuel, devaient entrer dans les nouvelles conditions hygiéniques de son existence. Ces moyens furent employés avec suite et intelligence sous la direction d'un médecin aussi savant qu'éclairé, M. le docteur Gillebert d'Hercourt, et une modification des plus heureuses s'accomplit dans l'état organique de l'enfant. Il grandit considérablement, mais un autre phénomène aussi inquiétant que ceux dont j'ai parlé vint dominer la situation. Le jeune malade oublia progressivement tout ce qu'il avait appris; ses facultés intellectuelles si brillantes subirent un temps d'arrêt très inquiétant. Une espèce de torpeur voisine de l'hébétement remplaça l'activité première, et lorsque je le revis, je jugeai que la transition fatale à l'état de démence précoce était en voie de s'opérer. Ce pronostic désespérant est ordinairement bien loin de l'idée des parents et même des médecins qui donnent leurs soins à ces enfants.

Telle est néanmoins, dans bien des cas, la funeste terminaison de la folie héréditaire. Une immobilisation soudaine de toutes les facultés, une démence précoce, indiquent que le jeune sujet a atteint le terme de la vie intellectuelle dont il peut disposer (1). Il est alors désigné sous le nom à' imbécile, d'idiot. Ces tristes représentants des dégénérescences dans l'humanité forment la quatrième classe de nos folies héréditaires. Ils vont fournir le sujet des considérations qui suivent.

(1) Dans d'autres circonstances qui se relient également à l'hérédité, on observe le phénomène inverse. Les enfants sont lourds, apathiques, presque bornés ; ils ne suivent que de loin les progrès de leurs camarades d'études ; ils sont en outre souffrants, maladifs, presque raohitiques. Mais lorsque la médecine sait intervenir d'unejnanière heureuse dans des occurrences pareilles, en modifiant l'état physique de ces enfants, on les voit racheter par des progrès rapides leur infériorité relative.

Page 1