QUATRIÈME CLASSE
Folies héréditaires, au type intellectuel, physique et moral, franchement caractérisé par des anomalies morbides congénitales : imbécillité, idiotie, crétinisme. Amenlia (l), imbecillilas ingenii (2) , fatuitas ingenii (3), morosis (4), démence innée (5), stupiditas (0); deboli di mente, idiotismo des Italiens; imbecillity, idiocy des Anglais ; Verstandes SchlCâche, SlUmfsim des Allemands. Troisième variété des dégénérescences intellectuelles physiques et morales dans l'espèce humaine se rattachait à l'hérédité.
J'ai donné les principales désignations par lesquelles les auteurs ont voulu caractériser l'état mental des plus tristes représentants des transmissions héréditaires, et dont les différentes variétés sont loin encore d'être classées convenablement dans la science ; je vais en dire la raison dans un instant. Jetons d'abord un coup d'œil sur les définitions des médecins aliénistes, des éducateurs et des psychologues. Cette méthode nous amènera naturellement à l'appréciation du fait général qui domine les éléments de ma propre classification, à savoir, que les symptômes qui, d'après la généralité des auteurs, constituent tel ou tel état anormal de l'intelligence, des sentiments ou des actes, sont loin de pouvoir servir de base à une classification naturelle. Mon but, au contraire, ayant été constamment de remonter de l'effet à la cause, j'ai tenu à faire ressortir les caractères inaliénables de l'état pathologique au moyen desquels on peut non-seulement reconnaître l'individu, mais tous les individus appartenant aux différentes variétés maladives'. (Voir chap. VII : Manière d'interpréter le phénomène cause. Essai de classification des maladies mentales, page 249 et suiv.)
L'idiotie, du mot ïSio; (privatus, solitarius), exprime, dit Esquirol, l'état d'un homme qui, privé de sa raison, est seul, isolé en quelque sorte du reste de la nature. Ce que Pinel désigne sous le nom d'abolition plus ou moins absolue, soit des fonctions de l'entendement, soit des affections du cœur, Esquirol le définit un état particulier dans lequel les facultés intellectuelles ne sont jamais développées. Pour M. le docteur Belhomme, la même situation mentale représente un état constitutionnel dans lequel les fonctions intellectuelles ne sont jamais manifestées. Les êtres malheureux atteints ainsi dans l'exercice constitutionnel de leurs facultés forment, pour M. le docteur Ferrus, sa classe des débilités intellectuelles.
M. Séguin , auquel il a manqué une connaissance plus approfondie de la question médicale, pour faire sur les idiots une œuvre complète, dé-
(1) Sauvages. — (2) Sagar. — (3) Vogel — (4) Linné. — (5) Cullen et Fodéré. — (6) Willis.
568 idée qu'il faut se faire de l'idiotie.
finit l'idiotie : « Une infirmité du système nerveux, qui a pour effet radical de soustraire tout ou partie des organes ou des facultés de l'enfant à l'action régulière de la volonté, qui le livré à ses instincts et le retranche du monde moral (1). » Dans l'idée théorique qui domine le livre de M. Séguin, l'idiotie, abstraction faite des maladies, des infirmités et des dégénérescences d'organes qui l'aggravent trop souvent, ne se présente que sous deux formes essentielles, qui sont :
1° L'affection chronique de tout ou partie des masses nerveuses qui donne lieu à l'idiotie profonde.
2° L'affection partielle ou totale des appareils nerveux qui se ramifient dans les tissus et président à la vie de relation, d'où résulte Yidiotie superficielle. Au reste, pour M. Séguin, toutes les différentes classes de ces infirmes se rapprochent plus ou moins de l'idiot type, et celui-ci est un individu qui ne sait rien, ne peut rien, ne veut rien (2).
Les psychologues se sont plutôt attachés à décrire ce qui, au point de vue intellectuel, manquait à l'idiot qu'à chercher la formule d'une définition qui résumât les caractères maladifs de l'ordre physiologique et moral propre à ces êtres dégénérés. Une définition de ce genre ne peut être formulée que par les médecins. Encore est-il nécessaire qu'ils se fassent une juste idée de la manière dont les transmissions héréditaires de mauvaise nature se révèlent dans des types reconnaissables à certains caractères maladifs de l'ordre intellectuel, physique et moral.
« L'état d'idiotisme, dit le savant Maine de Biran, correspond à celui » où le moi sommeille, pendant que les organes impressionnables ou » affectibles sont éveillés, et prennent même ainsi quelquefois, par la con-
» centration de leur vie propre, un degré supérieur d'énergie L'idiot
» vit et sent ; sa vie se compose d'impressions nombreuses qu'il reçoit » du dedans ou du dehors, et des mouvements qui se proportionnent à la » nature de ces impressions. Il parcourt, en un mot, le cercle entier de » l'existence sensitive; mais, au delà de ce cercle, il n'y a plus rien. Cet » être dégénéré devient toutes ses modifications plutôt qu'il ne les perçoit, » il n'y a pas de temps pour lui ; la matière de la pensée existe, la forme » manque (3). »
(1) Traitement moral, hygiène et éducation des idiots et des autres enfants arriérés ou retardés dans leur développement, etc. Edouard Séguin, Paris, 1846.
(2) Ibid . , chap. x, Nouvelle définition de l'idiotie, p. 107.
(3) Œuvres philosophiques de Maine de Biran, t. Il, p. 168 : De la décomposition de la pensée. — J'ai tenu à donner cette définition de M. Maine de Biran, à cause du terme de dégénéré qu'il emploie et de la qualification qu'il donne à ces tristes représentants des transmissions héréditaires vulgairement désignés sous les noms d'enfants arriérés,